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ELLE M'A PRISE DANS SES BRAS!

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La première fois que je l'ai vue, elle tronait dans un écrin de verdure.

Les neuf kilomètres qui serpentaient à travers les vergers de Zouggala me semblèrent interminables vue l'impatience de voir cette ville dont mon père nous avait dressé un portrait plutot attirant.
Il ne croyait pas si bien dire!


L'écrin de verdure ne l'entourait pas seulement! Il la traversait de part en part!
Les arbres lui faisaient un collier comme pour lui garantir d'éternels atours.
La rue principale enlacée de platanes s'ouvrait fièrement sur l'horloge qui carillonait les quarts d'heure.

Enracinée au pied du Zaccar, elle se plaisait à dominer l'immensité de la vallée du Chellif.
On pouvait s'enivrer de cette vue à partir de l'esplanade à la pointe de la ville, assis sur les remparts qui avaient dù la garder jalousement dans le passé.

Miliana, c'était son jet d'eau qu'elle vous donne en offrande pour vous accueillir.
Miliana, ce n'était pas uniquement cette belle architecture mauresque ou coloniale que l'on croisait aussi bien sur les grandes artères que dans les ruelles...
C'était les petites écoles et les grands lycées, le"Grand Hotel", l'église et l'hopital et la majestueuse sous-préfecture et la caserne.

Miliana, c'était les "wast eddar" aux colonnes torsadées avec les effluves de jasmin et de fell, les "Hammams" et leur rituel du bain agrémentés de "tassa" et de "mahbess".

Miliana, c'était aussi la généreuse et hospitalière mosquée de Sidi H'med Benyoucef où l'on pouvait aller à tout instant allumer une bougie, chercher la communion avec Dieu, chercher le calme solennel de ce lieu ou partager discrètement un moment avec les autres.

Miliana, c'était la maison de l'Emir dont les murs disaient tant et tant de choses sur le passé lointain de cette ville, son atelier d'armement et sa résistence de tous les temps.

Miliana, c'était "Le Splendide" et "Variétés, ces salles de cinéma mythiques dont la deuxième abritait les soirées artistiques, les pièces de théatre et les projections phare de l'époque.
Fadhila Dziria, Noura, El Ankis...
Nouria, Djaafer Bek, Moh Bab El Oued
Abdelhalim et Chadia, Farid El Attrache et Faten Hamama, et les plus beaux westerns...

C'était "La Bataille d'Alger" qui racontait la bravoure d'un enfant de la ville, "L'opium et le Bâton", "Mourir d'Aimer" et tant d'autres qui nous inoculèrent l'amour du 7ème Art.

Miliana c'était ce havre de verdure et de sérénité qu'était le luxuriant "Jardin Public" avec ses poissons rouges qui faisaient du charme à "la belle" qui les surplombait.
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C'était le Cinéma plein air quand on déménageait l'écran vers le jardin public pour les deux mois d'été.
C'était la piscine, où l'on pouvait aller profiter de la fraicheur et échapper à la chaleur torride de la ville.

Miliana c'était les vergers, les ruisseaux et les jardins. C'était le Zaccar avec à son sommet Sidi Abdelkader.

C'était les sorties-ascension vers ce lieu, auxquelles prenaient part les jeunes (filles et garçons) pour passer une journée au sommet, apprécier la vue panoramique, la nature et l'ambiance au rythme des guitares, chansons et blagues.

Miliana c'était la mine et son école. C'était les mineurs se dirigeant vers leur travail, lampe de "Kerbile"à la main et casque avec lampe sur le front. On pouvait à peine deviner leurs ombres dans le brouillard lourd du petit matin.

Miliana, c'était le tintement des barres de fer en préparation du marché hebdomadaire avec mille et un étals. C'était "El Goual" avec son "guellal" et ses histoires rocambolesques. C'était toutes les odeurs qui montaient des gargottes.

Miliana, c'était "Soug Enssa" tous les lundi, dans un coin discret du côté de Bab El Gherbi. Les femmes paysanes venaient des alentours pour vendre herbes aromatiques ou plantes sauvages, poterie, quelques légumes et même des bijoux qu'exhibaient les "dellalates".

Miliana c'était l"SCM" et ses victoires, c'était le stade les dimanches avec la trompette de Landjrit et la "Zorna"de circonstance. C'était le retour en fanfare du club lorsqu'il jouait à l'extérieur.
Le car des joueurs avait droit à une escorte digne des VIP avec des mobylettes tout autour et qui faisaient le tour d'honneur en ville.

Miliana, c'était la "Fête des Cerises" chaque mois de Juin.
Une occasion pour la ville de se parer de ses plus beaux atours: Guirlandes en forme de cerises, fanions, la grande arche qui ouvrait sur le lieu principal de la soirée artistique de clôture. Cela se déroulait en plein air, à la Pointe des Blagueurs.
C'était le bal à la piscine pour ceux que les variétés chantées par nos artistes n'intéressaient trop.

Miliana, c'était le Rakb de chaque printemps. Il ramenait avec lui tout un rituel dans les rues de la ville. Des confiseries traditionnellles, des "guérisseurs", des talebs, des gouels.
Le moment crucial était quand quelqu'un accourait de Bab El Gharbi pour annoncer aux citoyens l'arrivée imminente de la procession de pélerins qui auront parcouru des kilomètres à pieds à destination du Saint Patron de la ville, Sidi H'med Benyoucef.
Petit à petit, les clameurs de la ville s'éteignaient .Elles faisaient place aux chants religieux de la procession qui nous parvenaient de Bab El Gherbi. On pouvait alors s'attendre à voir leurs étendards de couleurs vives portées par des mats en cuivre.

Miliana, c'était le défilé des "M'nara" chaque Mouloud. Elles venaient d"El Anassers", la perle de Miliana, et de tous les autres quartiers de la ville. Elles convergeaient vers la mosquée pour une soirée religieuse.

Miliana, c'était le "Carrefour de la Jeunesse", cette compétition radiophonique inter-lycées proposée par la Chaine Trois et qui consistait à faire se mesurer deux lycées d'Algérie.

Quand Miliana était concernée, c'était toute la ville qui le vivait. Le cinéma "variétés" hébergeait cet évènement. Les lycéens occupaient l'orchestre, et les lycéènnes le balcon.
Sur scène les groupes de musique amateurs se relayaient pour animer, pour détendre l'atmosphère et pour faire de l'après midi un moment convivial.

Tous les enseignants, le proviseur, les inspecteurs , les cadres et les autorités de la ville étaient là, aux premiers rangs avec les lycéèns sélectionnés pour la compétition. Devant eux de larges tables supportaient des colonnes de livres et encyclopédies. Ils servaient à chercher les réponses aux questions posées. Cela parlait de culture générale et de savoir universel. Tous prenaient part à la recherche des réponses ce qui rassurait les candidats.

C'est dans ce nid là, que j'ai appris à voler!

Mais Milana, ce fut aussi cette nuit terrible où la sirène de la ville ne cessait de déchirer un silence de mort.
Ses hurlements prémonitoires faisaient penser à une mère désespérée sachant qu'un malheur allait s'abattre sur ses enfants.
Cette nuit de Novembre vit le deuil frapper Miliana de plein fouet.
Elle allait perdre vingt deux de ses fils à la fleur de l'âge, sacrifiés sur l'autel de l'incompréhensible. Une tragédie dont personne ne s'est jamais remis.

Sans crier gare, Miliana m'a échappé, car séparées sans préavis, pour me revenir trente huit ans plus tard.

Le coeur meurtri par ces longues années d'absence, le corps traversé par des sanglots de frustration mélée de joie, les yeux brouillés par les larmes, j'y ai fait mon pélerinage un matin d'automne...Et je m'y suis enfin ressourcée!

Par Safia BELHOCINE

Commentaires (11)

belhocine safia
  • 1. belhocine safia | 18/04/2015

petit rectificatif:
Dans le message d'hier, je m'adressais à Kéryma et non Meskellil, bien que ce que je disais concerne tous les lecteurs. désolée!

belhocine safia
  • 2. belhocine safia | 17/04/2015

Bonsoir à tous,
Mourad, tu as utilisé des termes très élogieux me concernant!
Je n'ai pas l'étoffe d'un auteur talentueux malheureusement, mais je suis d'accord pour dire que l'émotion et les sentiments profonds nous donnent parfois le déclic de l'expression qu'elle soit orale ou écrite.
Je réponds donc à Meskellil par la même occasion.
Tu sais, Miliana m'a tellement manqué que j'en rêvais la nuit, et j'étais toujours en larmes dans mes rêves.
Oui ,le texte était spontané .Cependant, il a transcrit toutes les émotions gardées, les images enfouies,et l'imaginaire nourri par tant d'années d'absence.
En tout cas, je suis heureuse de partager cet écrit avec vous tous et surtout d'avoir eu tant d'échos!

ZOUAOUI mourad
  • 3. ZOUAOUI mourad | 17/04/2015

BONSOIR SAFIA
QUAND UN AUTEUR DE TON TALENT CONJUGUE CULTURE ET PASSION EN DÉCRIVANT MILIANA AVEC UNE AIRE LUDIQUE OU L'AFFECTIF ET LE VÉCU OCCUPENT UNE PLACE PRÉPONDÉRANTE CELA ENTRAINE L'ÉBLOUISSEMENT DE SON LECTEUR COMME MOI ..........BRAVO !!

kéryma
  • 4. kéryma | 16/04/2015

Bonsoir tout le monde,

Safia, ton écrit est aussi pur que la signification de ton prénom, on sent que tu es très attachée à ta Miliana tout comme tous les amis du site ceux qui y sont nés et ceux qui y ont travaillé et vécu.
Je me demande si tu as fait un brouillon... Je ne le pense pas, car je suis sûre que tu t'es mise au clavier et frrrt tout est sorti comme un déferlement d'eau d'une fontaine Milianaise, merci en tous les cas ...J'admire ta dévotion, et bon pèlerinage pour les prochaines années.

Un proverbe sur la nostalgie qui pourrait concerner certains d'entre nous et qui me plait à dire souvent:
"celui qui a baigné son corps dans l'eau du Gange reviendra sur les bords du fleuve pour y mourir"

Ton amie Kéryma,

Benchaib Larbi
  • 5. Benchaib Larbi | 16/04/2015

salam à tout le monde ,
belle description , beaucoup d'émotion ,c'est bien de Miliana qu'il s'agit . Bravo .

Benrabah Mohamed
  • 6. Benrabah Mohamed | 16/04/2015

Madame Safia Belhocine

Votre texte est magnifique.Vous nous avez transposé dans un monde qui me parait presque irréel devant la nullité du quotidien.Dommage que Miliana ne se chante qu'à l'imparfait.

belhocine safia
  • 7. belhocine safia | 16/04/2015

Bonjour Mr Ferhaoui, Benyoucef et Azizi,
Mr Ferhaoui, Merci de comparer mon texte à un tableau! Vous continuez à nous instiller des connaissances en Art et à nous encourager!
Oui, j'ai conçu ce texte comme un hommage à Miliana, la ville de mon enfance et adolescence. En réalité, mon départ brutal et sans retour pour plusieurs décénnies a peut-être donné cette expressivité des mots!
Il n'en demeure pas moins que pour moi, ma ville natale est Miliana, même si je n'y suis pas née!
Merci pour vos encouragements!

M.Djellal
  • 8. M.Djellal | 16/04/2015

J'ai visite Miliana le mois de janvier dernier,aux soufflés de l'hivers,.Elle etait transie de froid,et de grands vents glapissants la balayaient,courbant la nudite frele de ses arbres.Elle etait morose,sans charme,parce que la magie de la civilization ne l'enveloppe plus,et les pierres roumaines et islamiques ne parlent plus qu'une langue morte a cote du beton arme anarchique.
Elle etait une ville banale comme toutes les villes algeriennes ,salete partout,stationnement anarchique,les marchandises sur les trottoirs,des personnes agressives ...... une vue chaotique dans l'ensemble.
Elle n'est plus la petite capitale de la vallee de chelif,esseulee dans la foret entre l'eperon abrupt du djebel Zekkar et la haute muraille de Ouarsenis..Miliana meurt a petit feu.
(Allah ne change pas l'etat d'un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui meme.) Sourat 13-Verset 11

benyoucef
  • 9. benyoucef | 15/04/2015

Bonjour Safia Belhocine
Merci de nous offrir ces quelques clichés rétrospectifs qui dégagent une certaine nostalgie d'une coquette ville aux richesses culturelles multiples ,histoire,eau,verdure,architecture. Aujourd’hui, Miliana ,hélas ne présente plus cette belle image d'autan.Elle a perdu de son charme.L'intérêt de son histoire se dévalorise,les pans de son patrimoine s effritent,les valeur s de ses traditions disparaissent.Miliana reste cet album de vieilles photos de souvenir.
Avec mes sincères amitiés

ferhaoui
  • 10. ferhaoui | 15/04/2015

bonjour tout le monde, bonjour safia, très belle escale! alors! vous etes l'auteur (e) de cette palette aux mille et une couleurs de miliana, elle m'a prise dans ses bras (titre) dans ce beau texte bien tissé... j'y ai trouvé plus de beauté que partout ailleurs, dans cette ville. merci, bonne journée

Mohamedazizi
  • 11. Mohamedazizi | 15/04/2015

Bonjour, une description de ma ville préférée qui m'a donné la chair de poule, me renvoyant à ma tendre enfance, très bien écrit comme j' aurai souhaité pouvoir le faire, je ne trouve d'ailleurs pas les mots pour vous manifester me reconnaissance. Merci.

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