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En Automne 1968, Miliana fut ravagée par les flammes...

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La nuit du 1er novembre 1968 fut terrible pour toute de la ville de Miliana, elle fut également dangereuse pour les citoyens venus à la rescousse pour éteindre ces nombreux foyers de brasiers. Avec les moyens du bord (mains, pelles, bâtons et souvent avec des rameaux) afin de circonscrire et ou pour venir à bout de ce drame.

Périlleuse par la disparition de leurs fils, les corps, en partie, et à moitié calciné, gisaient un peu partout, ils furent les premiers martyrs d’une Algérie indépendante. Ne sachant rien de ces énormes flammes qui atteignirent à certains endroits les huit mètres, ils se sont précipités en catastrophe, laissant tout derrière eux, pour sauver cette belle forêt du Zaccar Est qui ne cessait de les nourrir et de les chérir. C’était en fait une nuit terriblement tragique.

Préambule

La ville de Miliana fut tout le temps une ville paisible, calme et sereine. Nombreux sont les estivants qui souhaitaient ardemment passer des moments de détente et de relâchement. Elle était admirable à voir, une ville verdâtre, des vergers et des forêts tout autour. Un climat doux et tempéré. Dominant à 740 m d’altitude d’où elle domine la vallée du Chélif, la ville de Miliana, actuelle commune de la wilaya d’Ain-Defla, a été construite sur l’emplacement d’une ancienne colonie romaine.

La journée du 1er novembre 1968 ressemble pour les Milianais à un véritable cauchemar. Toute la région fut consternée à l’annonce de la tragédie. Normalement les journées se ressemblaient à Miliana, Mise à part les journées de marché ou bien celle du souk couvert, les gens ont tendance à se déplacer énormément pour constater les légumes frais voire ce qu’il y a de mieux et d’attirants sur les étalages.

Les flammes qui rappellent l'horreur

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Au début de la soirée, un grand incendie de forêt fut déclaré sur la partie Est du Mont de Zaccar. L’importance et la hauteur des flammes ont vite fait inquiété et alarmé les habitants et les autorités. Cette dernière s’organisa du mieux qu’elle pouvait avec l’aide des citoyens volontaire et les militaires à franchir encore une fois cette fatalité. Ce fut une vraie panique du fait que les responsables en place n’avaient que peu d’expérience (62-68) l’indépendance était déjà au bout du nez et le pays affrontait les grands chantiers. Les autorités ont ciblé des priorités qui étaient déjà programmées comme celle de : l’éducation, le travail, le logement et l’infrastructure routière. Donc, les services publics ne pouvaient point posséder cette expérience et technique organisationnelle pour combattre ce genre de fléau. Il improvisait et c’était comme cela qu’ils ont tous combattu ces brasiers. On aurait pu, peut-être, évité le pire mais c’était cela et pas autrement.

De nuit, les flammes qui dévorent des dizaines d’hectares d’arbres furent visibles de très loin. Depuis plus de 3 jours, Le majestueux Mont du Zaccar qui surplombe la région de Miliana et Khemis-Miliana et une bonne partie de la plaine du Cheliff est en train de dégager d’énormes nuages de fumées. La température à Miliana, réputée pourtant pour sa fraîcheur, avoisine les 36 degrés.

 

La panique

Au niveau de la ville, il faisait très sombre, les moteurs de camions ronronnaient et les officiels incitaient et encourageaient les citoyens à y monter pour aller, aider leurs compatriotes, pour éteindre le feu. Les gens qui sortaient du cinéma qui hésitaient furent chargés sur les camions venus en renfort, bien sûr, il y avait les militaires et les volontaires. Même ceux qui se trouvaient au niveau des cafés, les passants et ceux qui étaient dans leur magasin furent également emmenés avec un peu plus de fermeté, les trainards quoi ! Arrivé sur les lieux du drame, les secouristes, n’ayant aucune expérience se livrèrent corps et âmes pour éteindre le feu avec les moyens du bord (mains, pèles, bâtons et rameaux de branches).

 

L’embrasement

Ils éteignaient du mieux qu’ils pouvaient certains foyers, ce n’était pas le cas pour d’autres, ils s’étouffaient parce que les flammes dégageaient une chaleur très étouffante voire suffocante.

C’était difficile et trop risqué parce que le feu, de temps à autres, les encerclaient. Ils avançaient avec prudence pour éviter d’autres pertes supplémentaires. Ce fut épouvantable, on apercevait des corps d’individus carbonisés qui gisaient à côtés des foyers en feu. On ne pouvait les secourir ni de les retirer sous les brasiers. C’était atroce et démoniaque, c’était l’apocalypse, mais il fallait coûte que coûte avancer, empêcher le feu de se propager afin de le circonscrire. Les animaux tourmentés et apeurés fuyaient dans tous les sens, leurs poils et fourrures, en feu, embrasant le petit bois et la végétation dans leurs couloirs. Ces bêtes, sans le vouloir, faisaient encore agrandir le cercle du feu.

On entendait beaucoup de cris de détresse qui émanaient de partout. Certains appels semblaient venir de leurs entrailles. On était là, impossible de bouger et ou d’avancer sinon c’était la mort. Ceux qui ne cessaient de gémir se sont forcément aventurés encore plus loin. Le feu se resserre comme un étau. Avec un environnement hostile n’offrant pas les moyens adéquats pour affronter de face ces énormes flammes.

Après plusieurs heures, je ne sais par quel miracle les grosses flammes ont laissé derrière elles des braises qui se sont transformées, par la suite, en fumées épaisses qui, non seulement empêchaient le souffle, mais la vision était elle aussi très réduite. Il se pourrait que d’autres foyers brûlent encore !

 

La ville de Miliana entre incertitude et psycose

En ville, c’est la psychose totale, des gens qui revenaient de la forêt sont totalement abattus, fatigués, ils n’arrivaient même pas à parler. Les villageois affolés et perdus se jetaient sur eux pour avoir des informations sur leurs fils, leurs maris, leurs voisins et ou leur cousins. Les villageois s’agrippaient à tout ce qui pouvait leur fournir ou du moins leur donner une bonne nouvelle voire un mot ou bien phrase qui arrivera à les consoler.

On entendait les sirènes des ambulances. Des cris, des pleurs et souvent le crépitement des pneus des voitures. Les pleurs des mères qu’on n’arrivait pas à réconforter et à tranquilliser, surtout lorsqu’elles ont entendu les noms des premières victimes. Elles sont là, elles attendent avec anxiété et appréhension tout en pleurant. Leur consolation doit être de mise au vu de la situation qui prévaut à Miliana et aux alentours. De temps à autre, le courage et la bravoure sont déterminants.

On ressentait partout l’odeur du bois brûlé, le tout enveloppé d’une épaisse fumée blanchâtre, les gens n’arrivaient pas à respirer convenablement, ils mouillaient leur mouchoir afin d’imbiber leur nez et leur visage.

Miliana est devenue, en quelques heures, illuminée par la torche des flammes comme un phare qui empêche les bateaux de se heurter avec la côte et les oriente vers des lieux et destinations sûrs. Pourtant la ville de Miliana en avait fait autrement !

 

Les martyrs de la nuit infernale...

Malgré cela, la ville de Miliana sombrait alors dans un chaos incomparable due à cette panique. Les soldats du devoir devant l’amplitude de la catastrophe se sont démenaient comme des lions pour vaincre la folie des flammes, ces soldats étaient non seulement la « crème » mais également les fleurons de la ville de Miliana, Miliana ne pourra jamais les oublier, elle ne pourra jamais les omettre de son registre ou du moins les négliger : Ali, Tikichi, Tertoura, Mahfoud, Miloud, Torra Saddek et les autres resteront à jamais les martyrs de cette nuit cruelle. (Voir photo ci-dessous).

 

Conclusion

C’est vrai, remuer dans le passé, c’est accentuer davantage la douleur enfouie déjà dans les souvenirs de ces valeureux habitants. Cette douleur a mis du temps pour quitter les consciences, je sais qu’en ce moment lors de la lecture de ce texte, pas mal de Milianais auront la gorge nouée, certains d’entre eux verseront quelques gouttes de larmes, les autres, pour se souvenir d’un ami, d’un frère ou d’un voisin lanceront peut être un long soupir avec peut-être quelques sanglots.

C’est peut-être pas commode de faire ressortir ces souvenirs, néanmoins, ce rappel est aussi important et bénéfique afin de ne pas oublier. L’oubli c’est aussi un mal voire une souffrance profonde. Et c’est ainsi que sont fait les grands hommes dans les grandes circonstances dans les villes comme dans les grandes métropoles.

Ces martyrs gisent côte à côte à Sidi Braham, ils ont relevé le défi d’un peuple, d’une région, et aussi celle de toute une nation. Leurs parents sont fiers d’eux ainsi que leurs enfants.

La ville de Miliana ne les oubliera jamais, elle les glorifie à chaque instant et à chaque cérémonie. 

Les hommes ne meurent jamais, même lorsqu’on les enterre, ils seront vraiment morts que lorsqu’on les oublie. Mais leurs gestes et faits ne peuvent nous laisser indifférents.

 

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Photos des chouhadas ayant combattu le feu et les flammes avec comme moyens leurs mains. C’est Mohamed Bradai qui m’a transmis la photo de nos valeureux chouhadas et je le remercie au passage.

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Par DEGHRAR Djillali

Commentaires (4)

Mohamed B
  • 1. Mohamed B | 20/03/2017

Monsieur Djilali DEGHRAR, bonsoir,

Sincèrement, vous êtes en train de faire du bon travail avec vos textesqui sont d'ailleurs presque tous formidables et interessants.. Ne vous laissez pas vous décourager par ces tournures froides, cela risque de geler complètement le site.Ne dit on pas que les anciens élèves du lycée de Miliana se complètent comme l'a fait brillamment Monsieur SEMMKAM avec le récit des militaires et ensuite le soulèvement qui s'en est suivi. Monsieur Djilali n'a pas dérogé la règle.Apprenez à vous respectez, c'est une nécessité absolu. Vous êtes des anciens, apprenez à être indulgent avec tout le monde. Evitez d'être constamment des donneurs de leçons. Bonne continuation Mr.Djilali

Mohamed qui vous adore tous..

semmkam

Ya si Djilali, vous remuez le couteau dans la plaie, une plaie toujours vive pour la population de Miliana. Parmi ces victimes innocentes de cette tragédie, il y a mes camarades de classe, mes voisins de quartier, un membre de ma famille (Farouzi Mohammed, mari de ma tante), et tous les autres je les connais car ils sont de ma ville. Vous ne connaissez pas le vrai drame vécu par les milianais. Une bonne partie des victimes a été embarquée à la sortie d'une pièce de théâtre (la dernière représentation de Touahri Allah yerhamou) pratiquement de force, mais l'esprit nationaliste de l'époque a fait que tous ont répondu présent pour éteindre un feu qu'on croyait banal, et Touahri lui même a mis de l'ambiance en montant dans le camion. Il faut dire que les autorités ("les responsables en place avaient peu d'expérience" vous dites) étaient déjà sorties sur le lieu de l'incendie et parmi elles le responsable de la caserne, qui devant l'ampleur des flammes a fermement refusé d'envoyer des soldats combattre ce feu. Il avait sauvé la vie de ses djounouds cette nuit là. Alors les autorités "civiles" prises de panique, ont ordonné de réquisitionner des jeunes dans les cafés, cinéma et autres lieux où les gens festoyaient la veille du 1er Novembre. Il en fut ainsi, et même le train de nuit Alger Oran à El Khemis a vu quelques "volontaires" embarqués en camion. Toute la vie était témoin, c'était des dizaines de camions qui ont été requisitionnés. Toute la ville était debout, la lueur des flammes immenses se reflétaient sur la ville.Sur place, sur le lieu de l'incendie, les gens ont été envoyés en amont du feu qui grimpait à folle allure, poussé par un vent violent de novembre. C'était si rapide que les flammes ont rejoint les volontaires qui n'avaient comme solution que d'essayer de grimper plus haut. Mais c'était une forêt abrupte et dense en végétation, impossible d'échapper aux flammes. Certaines victimes étaient complètement calcinées sauf le visage, car elles cherchaient à protéger leurs faces dans la terre. Les milianais sont témoins que toute la nuit, des dizaines d'ambulances et de véhicules ont ramené les corps calcinés vers l'hôpital. Combien y a-t-il eu de morts? Seul Allah le sait. Surement plus que le nombre officiel. J'ai été présent à l'enterrement. Tout le monde avait constaté que les cercueils scellés étaient anormalement lourds. Personne n'était dupe. La colère après l'enterrement était si grande que spontanément toute la population s'est soulevée, manifestait sa colère et sa rage. A la sous préfecture, les gens ont emmuré les responsables qui étaient dedans.Des dizaines de fourgons de CRS ont envahi la ville pour mater la population et délivrer les responsables emmurés. De "gros légumes" sont venus d'Alger et d'Orléanville pour essayer de calmer la foule, parmi eux feu Messadia du Fln, feu Medaghri et autres. Dignement , la population s'est résolue à faire son deuil dans une douleur atroce. La perte d'êtres chers victimes de la bêtise humaine, la hogra, l'impuissance.....Oui, Miliana est une commune de la wilaya de Ain Defla. Ain Defla était une commune de la Daira de Miliana. La hogra ? Les milianais en connaissent un bout depuis belle lurette, et ça continue....Miliana n'est pas dans un état d'abandon total pour rien..... Sans rancune Djilali, quand on aborde un sujet aussi sensible, on doit aborder tous les aspects, sinon on s'abstient.
Fraternellement
Kamel Semmar

Chantal

Bonjour Djillali,

Quelle tragédie pour toutes celles et tous ceux qui ont vécu cet incendie terrifiant ! Non seulement il ne faut pas les oublier mais vous leur avez rendu un bel hommage à travers cette rubrique.

Bonne journée à tous.

Amar Ayadi
  • 4. Amar Ayadi | 18/03/2017

Bonsoir
Une nuit que personne n'oubliera.
Je connaissais pratiquement tout le monde et particulièrement Mahfoud Tahri, Abderhmane El Foul ( membre de l'orchestre de Miliana et ami de Med Saadi entre autre ), et surtout Ali Sebaihia ( et non Ebaihia) que je taquinais souvent dans la cour vu sa taille pour son âge.
Allah Yerhamhoum.
Avec les Abloul, Maamar Saadi,Med Rouabah, Med Boumaza,3ami Djouab ancien agent allah yerhmou, nous avions rendu visite à toutes les familles pour leur présenter nos condoléances.

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