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Un après-midi presque banal…

 

Un après-midi presque banal…

 Fenêtre sur cour, clin d’œil au maître du suspens… Moments malicieusement joyeux, désarmants, parfois insolites, un peu déconcertants, déroutants même... Surprendre l’intimité de quelqu’un…L’abandon de soi… Penser que l’on est seul, à l’abri des regards... Déposer ces valises pesantes, charriées tous les jours, bourrées de conventions, de codes, de rôles parfaitement huilés que l’on joue à l’infini... Se défaire enfin de ses oripeaux mondains étriqués pour être, soulagement suprême, soi, entre soi, chez soi. L’image s’impose, le flash accroche… Effraction… Instants de vie surpris, instants de vie saisis. Conscients ou inconscients… Des murs indiscrets, des fenêtres curieuses … Regards croisés…

Assise à la lisière du balcon, un bouquin à la main, des nouvelles de Le Clézio, et la promesse d’instants agréables, « dépaysants », transcendants... Envie de douceur, de gaieté, d’harmonie… Beau soleil éclatant, porte-fenêtre largement ouverte sur la vie du quartier, sur les gens, le bruit estompé de voitures lointaines... Un après-midi calme, tranquille, reposant, ouvert, disponible et propice … Propice à quoi ? On verra bien… Je plonge dans ma lecture, et me laisse prendre… « Mondo aimait marcher ici, sur les brisants. Il sautait d’un bloc à l’autre, en regardant la mer. Il sentait le vent qui appuyait sur sa joue droite, qui tirait ses cheveux de côté. Le soleil était très chaud, malgré le vent. Les vagues cognaient sur la base des blocs de ciment en faisant jaillir les embruns dans la lumière [….] Alors, il lui parlait de voyages, de bateaux et de mer, bien sûr, et puis de ces grands cétacés qui dérivent lentement d’un pôle à l’autre [….] Mondo restait longtemps assis sur son brise-lames, à regarder les étincelles sur la mer et à écouter le bruit des vagues… ». De jolis airs familiers montent de la rue, me distraient dans ma lecture. Assez inhabituel ! Patrimoine musical ancien. Du vieux Paris ! Le Paris d’antan ! Intriguée, je me lève, jette un œil… Spectacle inattendu, fascinant ! Un joueur d’orgue de Barbarie tournant la manivelle de son instrument ! Un troubadour des temps modernes comme il n’en existe plus vraiment! Echoué dans cette rue calme et sans relief particulier ! Loin des endroits prisés, des lieux branchés, de certains jardins parisiens tenant le haut du pavé, ou places touristiques pittoresques… ? Envie d’offrir son répertoire au menu peuple ? Enfilant rues, ruelles, et venelles à sa recherche... ?

Appel d’une mémoire lointaine de chants et de musiques populaires. Expressions du peuple, recueillies à coup de décret, des campagnes, bourgs et faubourgs. Transformées en objet d’étude scientifique. Sauvées de fait de l’oubli, mais devenues aussi le privilège des gens cultivés… Ritournelle lancinante… S’en réjouir ? Le déplorer ? Difficile de trancher ! Ravie tout de même par ce spectacle complètement improbable ! Une joie indisciplinée me saisit ! Des images souvenirs de romans lus ou de films vus dans un autre temps, dans un autre espace surgissent par vagues successives, envahissent mon esprit, le submergent ... je me vois… Oui, c’était là-bas… dans ce lieu tant aimé… Captive de ses rets… En proie à une douce langueur… Illusoire, irréel, mon rêve … Sensation tendre, paisible, agréable que je souhaiterais éternelle… Tout me projette là… What a wonderful life, tout l’univers de Capra… Sublime !

Des éclats de voix percent le nuage moelleux dans lequel je flotte... Bravo ! Bravo ! Merci ! Merci ! Les habitants de la rue sont à leurs fenêtres et balcons… Des nombreux étages tombent des pièces, roulent par terre, s’éparpillent… Emotions intenses… Je jette quelques pièces aussi… La musique populaire continue à emplir l’espace, les cœurs et les imaginaires... Notre joueur d’orgue aura beaucoup de mal à retrouver toutes les pièces… Instant magique, instant unique que ce voyage dans le temps… On ne perd jamais complètement une personne, un lieu… qui ont compté dans sa vie… Voilà le joueur d’orgue, notre fantastique Myazaki parisien qui part offrir à nouveau du rêve, quelques parcelles de bonheur nostalgique aux habitants d’autres rues, d’autres quartiers…

Je me rassois et reprends mon bouquin, l’esprit toujours enclavé dans cette parenthèse inattendue. Je lis et relis le même paragraphe sans en comprendre un traitre mot ! Soit ! Pas de contrariété ! Suivons le flux… Je lève les yeux qui butent sur l’immeuble de la rue qui longe le flanc de mon immeuble. Il m’évoque une maquette sans façade avec toutes ces fenêtres ouvertes. Curieuse impression. Je peux voir très distinctement les gens vivre dans leurs appartements à certains étages, surtout ceux qui se trouvent au même niveau que mon étage. Indifférents aux regards extérieurs, ou convaincus d’être complètement seuls. Une forme d’intrusion… Voilà un jeune homme cheveux ébouriffés, en short et tee shirt penché sur sa guitare, une bouille sympathique. Je n’entends pas ses notes, trop loin. Il parle à quelqu’un que je ne vois pas... Cette autre jeune femme debout à sa fenêtre balayant la rue et alentours du regard à la recherche de quelque curiosité ? Elle tourne le dos à la fenêtre, se sent à nouveau à l’abri chez elle, fait quelques pointes, elle danse, des pas légers, gracieux… Cette autre regarde sûrement la télé ! Affalée sur son canapé…Les programmes du weekend sont mortels ! Cet autre encore s’entraine aux haltères, juste devant sa fenêtre, torse nu, histoire de montrer ses muscles, sollicitant quant à lui des regards…Tiens ! Celui-là n’a pas encore déjeuné. Il prend son temps pour préparer la table. Il dispose plats, pain, verre, bouteille, s’attable, commence à manger… Avec appétit… Le guitariste où est-il ? Ah le revoilà avec une jeune femme. Ils discutent, rient, gesticulent…Vraiment très sympathiques ! Goulding et son Grand Hôtel un lieu clos à huis clos. Foisonnant de personnages hauts en couleurs. Exquis !

Je reviens vers le déjeuneur toujours attablé, prenant son temps…Tout-à-coup, il se lève précipitamment ! Mais que lui arrive-t-il donc ? ?! Un vrai vent de panique ! Il débarrasse en un éclair plats, pain, verre, bouteille ! Un rendez-vous dont il s’est souvenu subitement …?! C’est à n’y rien comprendre !! La table est vide ! Il disparait, puis revient accompagné de quelqu’un. Ils échangent des paroles… Les minutes passent…, ils sont toujours debout. Notre déjeuneur se tient bien droit, les bras croisés. Signe de fermeture selon les recruteurs. Malaise ! Qui dure ! Enfin, ils finissent par disparaitre tous deux, et ne revient que le déjeuneur ! Allure plus détendue ! Il ressort plats, pain, verre et bouteille, les remet sur la table, s’y installe à nouveau et reprend son déjeuner toujours avec autant d’appétit. C’était donc ça ! Un coup de sonnette, une visite impromptue, indésirable, le repas escamoté… Le Goût des autres, truculent mais succulent! Un film de la surface, de l’artifice des rapports humains.

Je décroche de la fenêtre comme de mon livre… Envie de bouger ! Aller au parc qui est juste derrière ? Un beau parc vallonné, non apprivoisé avec de magnifiques arbres. Un splendide magnolia y fleurit chaque année ! Plutôt au cinéma si j’arrive à trainer ma voisine ? Oui pourquoi pas ? Ma voisine est une Arménienne très casanière. Je n’ai pas envie d’y aller seule. Bon, je sonne chez elle. Elle m’ouvre grand sa porte, me propose d’entrer. Je la suis, lui fais part de mon plan. Comme je m’y attendais, elle commence à tergiverser, à trouver toutes les excuses possibles, finit par se dégonfler ! « Une grue serait impuissante à te bouger ! » lui dis-je un peu boudeuse !! J’insiste encore! Rien à faire ! Tout est problème : ses cheveux, sa tenue, ses chaussures… et même son sac ! Allez comprendre ! Elle me propose du café et des pâtisseries libanaises (sa famille avait fui les Turcs pour se réfugier au Liban, et à nouveau fui le Liban en guerre pour aller au Canada d’abord, tristesse sans fond pour elle), Je me laisse tenter, m’installe plus confortablement. Son balcon est orienté côté nord et donne sur une autre rue. Je lui raconte le joueur d’orgue. Elle est un peu déçue de l’avoir manqué, moi désolée de n’y avoir pas pensé… C’était tellement inattendu ! Les bavardages vont bon train, les rires aussi… Tout y passe… Y compris nous et nos travers… Ma voisine a beaucoup d’humour… et moi, j’aime rire… Clin d’œil, sans référence ! Sans rapport non plus… Oh, allez ! Un coup de cœur ! Spot sur John Cassavettes parlant du cinéma, le vrai, l’indépendant. C’est en v.o. ! Un vrai bijou ! Sincèrement désolée pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais !

« Tout dans un film doit trouver son inspiration dans l'instant »

«… La beauté des gens qui ont encore une espèce d'espoir et de dignité quel que soit le milieu dont ils sortent »

Par Meskellil

Commentaires (5)

Meskellil
  • 1. Meskellil | 31/05/2015

Ehh! Aïe! Aoutch! J'ai l'impression d'être disséquée au scalpel Miliani2Keur! (sourire)

Merci pour ton regard! Je crois qu'on est tous logés à la même enseigne concernant ces grosses valises! On devrait peut-être faire un tri et les délester de tout un tas de bric-à-brac inutile et pesant...?

Miliani2Keur
  • 2. Miliani2Keur | 31/05/2015

Regard "grand angle" et scalpel de Dtouat ... hôla Amigo

j'ai lu ... j'ai lu ... je fais inévitablement une perspective avec "décalages" un premier paragraphe presque autobiographique, encombré
un deuxieme paragraphe Miroir! mais largue, largue ces valises, mortes, vides ... hésitations ... non les brisants ne sont pas mortels! non les brisants sont la vie bien sûr!

Le troisiéme! climax, élevation totale! mystique ... Meskellil l'enfant reprends son territoire... tout est la!

aprés, balayage honnéte, trés "homme a la caméra" (film de D. Vertov), beusogneux

attendons, l'aprés "aprés-midi"

Meskellil
  • 3. Meskellil | 28/05/2015

Bonsoir Djamel,

Alors finalement tu ne nous boudes pas?!! (rire)

Ravie de te "voir" sur le site, et tout aussi ravie par ton expression sur ce texte!Tu donnes une autre dimension, une autre lecture de certains passages du texte. C'est plus ouvert et chacun peut aussi y mettre son grain de sel, donner libre cours à son imagination... J'aime beaucoup cette ouverture! Vraiment!

Merci Djamel et à bientôt ???!!! Lol!!

DTouat
  • 4. DTouat | 28/05/2015

Bjr les internautes ,
Bjr Meskellil.
Ton texte ,on le lit d'un trait,puissant ,il nous entraine avec grace vers la rencontre de personnes anonymes qui parfois trahissent leur personnalité par un regard ,une posture ou tout simplement par une démarche .le cas de ce déjeneur importuné par cette visite inattendue.il n'a pas besoin de parler pour qu'on comprenne son embarras.,C'est une vidéo sans bande sonore.C'est au lecteur de choisir sa musique et de donner une voix au spectacle qui s'offre a ses yeux.En tout cas Bravo à toi la femme qui regarde par son balcon.

Meskellil
  • 5. Meskellil | 27/05/2015

Bonsoir à tous,

Un autre lien pour les plus passionnés, les plus intéressés, les plus curieux. John Cassavettes parlant de sa conception du cinéma. Cette fois-ci, c'est en vo mais sous-titrée. Extraordinaire Cassavettes qui a fait avec sa bande d'amis, sa femme Gena Rowlands et avec quasi zéro moyens de magnifiques films, complètement centrés sur l'humain dans toute son expression humaine. Sublime!! Quel plaisir de l'entendre en parler....! Des comme lui dans le monde du cinéma, il n'y en a pas ou si peu!

https://www.youtube.com/watch?v=P-6xTQHX4-I

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