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De Bab-El-Oued @ Miliana

Tin Hinan /Ancêtre des Touaregs ou bien la reine du désert

rt.jpgPar DEGHRAR Djillali, Ain Defla. AE-LFM
ddeghrar@yahoo.fr

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Tin Hinan est une personnalité fabuleuse et mystérieuse. C’est une femme pleine d’ambigüité ainsi que de mille secrets. Appelée aussi « celle qui venait de loin » ou « celle qui se déplace ». Celle qui fut, aussi, guidée par les étoiles. Takamat (ou Takama) était cette servante qui prenait soin d’elle. Elles sont arrivées toutes les deux à l’oasis d’Abalessa… Accueillant la reine des terres abandonnées. Une femme évoquant à la fois beauté et autorité.

Les monts de l’ahaggar (Hoggar) vécurent si longtemps pour enfin voir et laisser apparaitre, devant les dunes et le désert cruel et féroce, la légendaire Tin Hinan, la véritable ancêtre originelle des touaregs nobles du Hoggar et également la reine du désert. Il s’agit d’une femme rappelant à la fois la beauté et l’autorité.

Son existence fut révélée par la tradition orale et dont le nom voudrait dire également « celle qui vient de loin » ou « celle qui se déplace » Elle fut la mère fondatrice du peuple Targui. Par le biais des récits et des chants colportés ici et là par ses descendants, on peut , alors, dire qu’elle était une femme adorablement belle, grande au visage sans défaut, un teint clair et des yeux universels et embrasés , un nez fin. Elle représentait le charme, l’éclat et le pouvoir.

Les chercheurs ont circonscrit son origine au niveau des Bérâbers (Berbères) du Tafilalet d’une région présaharienne du sud Marocain qui devait ressembler certainement à une oasis. Si c’est le cas, pourquoi, alors, a-t-elle quittée délibérément ces lieux féeriques et paradisiaques pour aller se retrouver au beau milieu d’un désert plein de dunes et de ténèbres.

Peut-on encore dire que pendant le IV siècle, le nord de l’Afrique et en particulier la Numidie, qui est commandée par la puissance Romaine qui a opté pour la religion Chrétienne à laquelle s’est converti l’empereur Constantin. Cette Numidie, dont le nom pouvait venir de nomades, est alors le théâtre des révoltes contre le pouvoir romain. Plusieurs tribus fuyant leurs terres et choisissent entre la côte méditerranéenne et les régions plus au sud, colportant non seulement des produits divers mais aussi des informations.

Quelques membres de la tribu marocaine des Bérâbers, avec notre Tin Hinan, ont –ils quittés la région pour des raisons de convictions ou de politique ?

La deuxième possibilité réside au niveau peut être d’un conflit au sein de la famille ou de la tribu qui aurait poussé Tin Hinan à quitter loin de son milieu d’origine. Une femme clairvoyante, lucide et perspicace qui avait choisi sa destinée, son histoire et son itinéraire.

La reine Tin Hinan

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 Le mythe de Tin Hinan                                                                                                        Maquette du tombeau/Tin Hinan.Musée du Bardo, Alger.

Le périple de sa traversée du désert avec sa servante (Takama), Les deux femmes étaient seules ? Cela est invraisemblable et même étonnant. Surement avec des amis et quelques guerriers.

Accompagné également de chameaux pour permettre une traversée sans fatigue, de quelques Chevaux, ânes, moutons et chèvres (lait et peaux), de quelques moutons (nourriture et peaux). L’expédition ressemblait beaucoup plus à une aventure qu’à une exploration de l’extrême sud. Cette histoire étant trop controversée, néanmoins, on trouve les véritables mobiles chez les hommes bleus (touaregs) qui vantent l’histoire de leur mère et leur bienfaitrice.

Franchir le sahara était une aventure dangereuse et risquée, donc, ces femmes étaient accompagnées et ne pouvaient à aucun moment être seules pour enfourcher leur monture et partir vers cette contrée aride et à haut risque. Les restes à travers l’ensemble de la traversée démontre et témoigne qu’il existait une végétation autrefois. Des peintures rupestres indiquent et signalent des chasseurs ont existé par le passé.

La petite colonne empruntée par Tin Hinan et ses compagnons durent emprunter des passages renfermant de l’eau, parce que l’eau est essentielle pour ce type de trajet, d’ailleurs l’eau, c’est aussi l’âme (aman imam). Le tracé en question était vital, parfois ; la petite troupe aperçoit quelques nomades, pillards possibles, qu’elle évite soigneusement. Les heures de la journée sont chaudes et les voyageurs du désert qui supportent la brûlure du ciel acquièrent avec soulagement la pause du soir.

Histoire de l'Afrique du Nord berbère

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Algérie, peinture rupestre

En 1918, Pierre Benoit, dans son roman l'Atlantide, raconte l'histoire d'Antinéa. Il s'agit en fait de Tin Hinan dont il a modifié le nom.

En 1925, à Abalessa, dans le Hoggar, des archéologues découvrent la tombe d'une femme. Ils y trouvent outre un squelette bien conservé, des pièces de monnaie à l'effigie de l'empereur romain Constantin, des bijoux en or et en argent, ainsi qu'un mobilier funéraire. La tombe, qui date du IVe siècle, est attribuée par les archéologues à Tin-Hinan, bien que les Touaregs eux-mêmes soient beaucoup moins affirmatifs sur ce point. Elle est aujourd'hui une attraction touristique. Le corps, quant à lui, est conservé au musée du Bardo à Alger.

Elle prit les armes pour défendre son peuple et les idéaux de son pays au IVè / Vè siècle. Tin Hinan est décrite comme la mère des touaregs du Hoggar; cependant d’autres récits font descendre tous les touaregs d’une femme unique, nommée LEMTOUNA. Certaines autres tribus donnent encore d’autres noms à celles dont ils font leurs ancêtres tribales, respectives.

D’après la tradition Orale Touarèg, c’est la descendance féminine que l’on retient du fait du statut de la femme dans les sociétés touaregs. Tin-Hinan aurait donc eu trois filles : Tinert, l’antilope, ancêtre des Inemba ; Tahenkot, la gazelle, ancêtre des Kel Rela et Tamérouelt, la hase, ancêtre des Iboglân. De son côté Takamat, la servante, aurait eu, quant à elle, deux filles qui bénéficièrent en cadeau de l’Amenokal, la Reine Tin Hinan, la partie de la région qui possédait les plus belles palmeraies, partie dont héritent toujours aujourd’hui les descendants des filles de Takamat.

Le régime touareg étant matriarcal dans la vie sociopolitique et socio-culturelle, la femme targuie du Hoggar est celle par qui se transmet l(AMENOKAL (élection du chef traditionnel par les sages de la tribu et choisi parmi les familles nobles selon des critères moraux). L’Amenokal est le chef de guerre, il détient le Tobol (tambour de guerre), symbole de son pouvoir. La femme targuie est celle qui transmet la culture, l’essence même de sa culture.

Incontestablement, ce sont les mères qui enseignent à leurs filles l’écriture du Tifinagh et l’art de l’Imzad. Le Tifinagh est une écriture que l’on retrouve ici et là, gravée sur des pierres, composées de signes- bâtons, jambes d’animaux) et d’idéogrammes ronds (visages-soleil-astres ?) Servaient –ils de repères pour marquer les routes du désert. Le mystère n’est toujours pas encore élucidé. L’imzad est cet instrument monocorde joué exclusivement par des femmes artistes et qui fait partie des reliques de la splendeur des touarègs, de ses pratiques guerrières traditionnelles et qui place et valorise le rôle de la femme comme pilier central de la communauté.

Cette valorisation de la femme dans le sud existe également dans les régions de Djanet et l’ultime extrême sud.

J’ai choisi pour vous quelques poèmes en fonction de l’article "Tin Hinan"... Du poète Sassi Dehmani.

Chaque aube
Des poèmes sont versés dans vos miroirs L’eau mûrit dans vos paumes
Quels que soient vos chagrins d’amour Quels que soient vos chagrins de transe
D’où galopent vos peines de cœur D’où commencent vos chants de rebelle
De cet oiseau noir De cet oiseau blanc
Tous ceux qui savent l’horizon Sont perdus sur vos dunes
Chaque aube revient Un homme rempli de forces
Et de corail forgé de vos sueurs Mais qui a dit : Vous êtes stériles
Pourtant vous êtes mères De toutes les roches du ciel
Mères de tous les aigles bleus Qui errent sur vos poitrines
Mères de toutes les gazelles Qui dorment dans vos girons
Chaque aube revient Reines encerclées
Sommeil et blessure Sécheresse et barbelés
Ville de cuivre et reines de lumière
Chaque aube revient Les vaisseaux de vos jardins
Papillons et mouettes A vos fenêtres / Reviennent
Un homme rempli de forces Et de corail forgé de vos sueurs
Annonce vos confins De la bouche de cet oiseau noir
Chaque aube revient La reine de la fable Tin-Hinan
Le murmure de la révolte De l’Azawad
De Tamanrasset De Ghadamès
Mères nuageuses Mères de tous les rois Amoud, Kawsen et Amestan
Mères de mon printemps J’avoue
Blessé d’amour J’avoue
Blessé d’aile Chaque aube revient
Un homme rempli de forces Et de corail forgé de vos sueurs

Par DEGHRAR Djillali

Commentaires (8)

ilemzy
  • 1. ilemzy | 11/06/2016
Les Touaregs ne sont pas les enfants de Cham et encore moins leur langue (Tamacheq). Les Touareg sont des nord africains du déserts comme leur langue, et comme tous les autres Amazighs du Nord (c'est la même ethnie). Les Nord africains sont tous d'anciens Berbères (d'ailleurs le mot Berbère ne vient pas du latin, ou des grecs, encore moins des arabes, TIZI-N' BERBER en un terme Berbère qui n'a rien à voir avec Barbare).
Les Berbères et les Touaregs ne sont pas des orientaux contrairement à ce qu'affirme certains historiens arabes ou israëliens, ce sont des anciens libyens autochtone de l'Afrique du Nord.
Bien que beaucoup de Berbères ou Libyens, ont le type europoïde néanmoins, ils demeurent tous autochtones de l'Afrique sans être sans apport européen, ni phénicien , encore moins arabe ou oriental.
Les Garamantes sont les ancêtres des Touaregs ayant bâti les pyramides.
TARGUI BERBER
  • 2. TARGUI BERBER | 18/12/2015
Que tout le monde qui s'intéresse à l'histoire de mon cher peuple soit remercié . La nouvelle que je doit mettre en ligne c'est que notre reine HIN HINAN vient d'un pére IMAZIREN blanc est d'une mére noire du désert de la grande "MAURITANIA" de l'ancien temps "IVeme ciecle" . Elle était "BRUNE" . Son nom "TIN HINAN" lui avait été donné par son guide "MEHAWA" aux cours de leur voyage vers le "HOGGAR" . "MEHAWA" lui avait sculpté son visage sur un "bois" et tout en lui remettant il prononcait "TU ES BELLE" en leur langage de l'époque "TIN HINAN" . Cette sculpture de son visage authentique doit éxister chez l'un ou l'une de sa conginiture et elle résoudra l'énigme de plus de 1500 ans . Elle vaut toute "UNE FORTUNE" . Elle porte un "POUVOIR CURATIF" pour plusieurs maux dont les depréssions et l'insomnie . BONNE CHANCE POUR TOUS .
Chantal (23/12/2013)
  • 3. Chantal (23/12/2013) | 04/07/2014
Merci Jade pour cette très jolie poésie pleine d’émotion ainsi que ton gentil message. J’ai apprécié que tu expliques ce qu’était le « litham ». Même si je sais quel genre de voile portent les hommes touaregs, je ne savais pas quel en était le nom. Bonne soirée.
Jade (23/12/2013)
  • 4. Jade (23/12/2013) | 04/07/2014
Du pays de Tin Hinan, j'envoie une autre belle poésie de cette grande poétesse:
"J'adore humblement les actes du très haut
Qui a donné au violon mieux qu'une âme, au point que dés qu'il joue, les hommes se taisent et que leurs mains se posent au litham pour le rabattre afin de cacher leur émotion."
litham désigne le voile porté par les hommes touaregs,
et à Chantal je souhaite de joyeuses fêtes.
ZOUAOUI mourad (12/12/2013)
  • 5. ZOUAOUI mourad (12/12/2013) | 04/07/2014
Mon cher DJILLALI,
Je t en felicite et je m en rejouis pour ce genre d articles qui honorent l histoire riche et diversifiée de notre pays.Dans mes lectures je me souviens
le Pére de FOUCAULD qui avait beaucoup vecu au désert ecrivait" Les
touareg sont assurement des CHAMITES leur langue l indique clairement ,leur physionomie est celle des anciens Egyptiens ".D autres assurent que les touareg sont les descendants des GARAMANTES dont parlait
HERODOTE.L hypothese la plus plausible comme tu le souligne si bien,c est que les toureg sont d origine Berbere,réfugiés au fond du désert et les bérberes eux-memes etant des orientaux venus via l Egypte et la LIbye.Pour ce qui est de TIN HINAN et sa servante les touareg il faut le souligner ne sont pas ,selon mon avis,unanimes,quant à leur passé.S ils sont d accord pour mettre en scene d etranges populations qui vivaient avant eux dans L AHAGGAR les ISABATEN , hommes frustes qui parlaient un TAMAHAQ grossier ,ils sont divisés sur la suite.On dit que le premier groupe de traditions remonte justement à la noble TIN HINAN et à sa servante TAKAMAT qui appartenaient à la tribu des BERABER.
La decouverte en 1925 si ma memoire est précise,d un tumulus à ABELESSA où la tradition situait le tombeau de TIN HINAN , a révélé l existence d un caveau qui livra un squelette feminin fort bien conservé ainsi qu un mobilier funéraire important càd des bijoux d or,d argent,des pieces de monnaie à l effigie de CONSTANTIN.
Pour revenir à l actualité politique au sud de notre pays ,il faut souligner
que la rebellion touareg ne se presente plus aujourdhui ,seulement
comme une lutte politique et idéologique avec un caractere identitaire
mais plus souvent comme un instrument pour parvenir à certains objectifs meme les plus inavouables.Ces objectifs sont entre autres,
l acquisition d une position sociale privilegiée ,l enrichissement illicite
et rapide par des collusions avec les milieux narcotrafiquants ou par l exercice du grand banditisme.Notre pays qui a été le moteur et le chef de file dans les pays du SAHEL a préféré la voie de la démocratie à celles des armes.Ce processus donne la possibilité aux touareg de se mobiliser avec toutes les autres ethnies,dans des formations politiques afin de défendre leurs opinions et les touareg doivent comprendre aujourdhui,que leur spécifité n est pas intemporelle et qu elle doit d autant plus s adapter à son temps que le monde lui-meme est en perpetuel mouvement..........
Chantal (11/12/2013)
  • 6. Chantal (11/12/2013) | 04/07/2014
Bonjour Benyoucef,

Effectivement, vous ne vous êtes pas trompé. J’avais « repéré » ce texte de Djillali mais je voulais avoir suffisamment de temps pour le lire attentivement. Ce que j’ai pu faire aujourd’hui. J’ignorais absolument tout de « celle qui venait de loin ». Cette histoire est tout à fait passionnante. J’ai apprécié également la jolie poésie du commentaire de Jade.
Jade (11/12/2013)
  • 7. Jade (11/12/2013) | 04/07/2014
Merci M Deghrar Djillali pour ces lectures qui nous informent toujours un peu plus sur nos différentes origines ...
Pour le plaisir et le partage j'ajoute cette poésie écrite et chantée par les descendantes de cette reine, ces femmes touarègues joueuses d'imzad, toutes aussi déterminées que leur mère ancêtre par leur courage, leur art et leur beauté:
« Préfère à toutes les voix, préfère avec moi, la voix de l'imzad, le violon qui sait chanter. Et ne sois pas étonné qu'il n'ait qu'une corde : as-tu plus d'un cœur pour aimer ? Mon imzad à moi est à lui tout seul tout l'espace qui vous appelle. » Dassine, une autre grande sultane du désert...
benyoucef (10/12/2013)
  • 8. benyoucef (10/12/2013) | 04/07/2014
Bonjour cher ami Djilali
Merci pour cet article trés riche en informations sur l'histoire de Tin Hinane, l'ancetre des touaregs.Notre immense desert est plein de secrets, et plein de splendeurs qui restent encore à découvrir.
A cette occasion,j'invite notre chere amie Chantal à venir lire ce texte trés interessant,car c'est une femme qui adore la virginité de la nature et particulierement le monde des sables.
Amicalement

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