Devant une meïda garnie de confiseries, qtaief, samsa, tcharak et qalbellouz fait maison, de thé et de bouquets de basilic et de menthe fraîche, le cheikh de sa voix au timbre particulier exécute son récital, faisant danser les jeunes et les moins jeunes. L'ambiance si agréable est à la détente, et tous les présents, partageant cet air de fête, réalisent qu'il est temps que les autorités locales autorisent ces veillées en plein air comme par le passé, où cette aire ne désemplissait pas durant toute la saison estivale.
Les sièges mis à la disposition des convives n'ont pas suffi. De nombreux mélomanes venus d'Arrib, d'El Khemis et même de Aïn Defla, les mordus du chaâbi s’en sont donné à cœur joie, à l'exemple de Larbi Kadri, plus connu sous le sobriquet Mon Voisin. Cet enseignant à la retraite est venu de Aïn Defla sur sa mobylette pour assister à cette soirée.
Pour le chaâbi, je serai venu à pied», dit-il, en ajoutant : «J'adore le chaâbi, particulièrement hadj Chaou, après les regrettés hadj M'hamed El Anka et hadj El Hachemi Guerrouabi.» Abderrahmane A.M.A pour les confrères a démarré lui aussi de Aïn Defla à 23h30 pour assister à la fête. «Un lieu pareil, c'est rafraîchissant, moralement et physiquement», dit-il.
Vers 1h, les travées libérées des invités d'un soir accueillent les familles milianaises qui affluent au jardin public pour prendre part à la fête. On se salue, on s'embrasse, on s'échange des sourires. On a l'impression que tout ce monde se connaît. Les jeunes et les moins jeunes, entraînés par le rythme de la mandoline et de la derbouka, sans gêne aucune, foulent la piste de danse avec de larges sourires.
L'expression de joie se lit sur tous les visages qui ont retrouvé l'intimité des bons vieux jours. «Ça me rappelle les séances de cinéma en plein air sur cette placette», soupire Madjid qui n'est revenu à Miliana qu'une fois retraité.
Ce n'est que vers 2h30 que, par petits groupes, les familles pleines de joie et de bien-être quittent non sans regrets leurs tables en espérant que les veillées en plein air reprendront comme au bon vieux temps. Abdelkader Chaou exécute son bqaw âala khir oua sbah sabbah, les tables se vident. On se souhaite une bonne nuit, un bon ramadhan et un bon s'hor.