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Articles de Meskellil

Sens, Contresens et Non Sens

Par Le 31/07/2026

Il est des mots qui ouvrent à la vie, qui donnent la vie, il est des mots qui étouffent la vie, qui tuent la vie. Il est dit que « Là où la vie est authentique, la tension existe toujours ». Les mots ne sont bien entendu pas neutres, mais situés socialement. Et dans un texte écrit donné, le sens n’est pas donné une bonne fois pour toutes, il n’est pas univoque. Un texte est construit ou plutôt reconstruit par l’interprétation, les interprétations qui peuvent en être faites en fonction de la manière dont cela résonne en chacun, selon les représentations qu’il a de lui-même, de son environnement social, culturel…,de son histoire de vie, de ses expériences, de ses connaissances…, du monde dans lequel il vit et de la manière dont il le perçoit. Les interprétations sont inévitables, et chacun interprète selon ce qu’il est. C’est là que réside tout l’intérêt, toute la richesse d’une communication. Dans un écrit, le sens n’est pas incorporé dans le mot. Chaque expression dépend de l’usage qui en est fait et de son interprétation. Comment pourrait-on sinon expliquer autrement les changements dans le sens d’un mot, ou les controverses entre les personnes qui lisent ces mots, les interprètes ?

La pensée trouve à s’exprimer par le langage qui n’est pas seulement outil de communication, mais aussi outil de réflexion. Dans l’expression de cette pensée intervient aussi un langage inscrit profondément en chacun, et qui est celui des représentations mentales, des constructions mentales, des images mentales. Lorsqu’on lit un roman, on se représente les personnages, leurs actions, les décors. De la même manière, les images matérielles que sont les dessins, peintures, photographies sont des traductions externes de l’imagerie interne. Des constructions subjectives propres à chaque personne.

À cet égard, le but de la communication n’est-il pas de réussir à mieux se comprendre ? Lorsque nous communiquons, nous sommes persuadés que ce que nous disons est compris tel que nous l’avons exprimé par les autres, de même que les autres sont persuadés que ce qu’ils ont compris est exactement ce que nous leur avons dit ! Pourtant, la réalité est bien différente pour chacun !

Peut-on éviter les interprétations d’un mot, d’un texte, d’une expression ? Oui, bien sûr ! Lorsque l’on recherche le consensus pour éviter tout achoppement, le langage devient un outil de communication neutre et indifférent aux rapports sociaux. Nous communiquons sans vraiment le faire puisque nous sommes tous d’accord ! Il ne subsiste plus aucune brèche, plus aucun espace d’interprétation ! Cela devient un langage neutre et informatif. Dans la communication consensuelle, Il n’y a plus lieu d’avoir la moindre réflexion, d’exercer la moindre critique puisque tout le monde est dans le consensus, et veille à le maintenir. Il ne subsiste plus aucune place pour une quelconque créativité !

La relation à l’autre dans tout cela ! Quelle est-elle ? Je reviens à nouveau à Carl Rogers et à ce qu’il dit concernant les trois attitudes fondamentales qui conditionnent l’entrée en relation avec l’autre :

Une compréhension empathique et exacte du cadre de références interne de l’autre avec les composantes émotionnelles et les significations qui s’y rattachent ;

Une considération positive inconditionnelle consistant à accorder une valeur positive à toutes manifestations de la personnalité de l’autre et ce, à travers une écoute attentive, dépourvue de jugement ou d’évaluation ;

Enfin, une congruence, reflet du degré d’authenticité dans la concordance entre ses propos et ses actes, l’accord entre ce que l’on ressent et son comportement manifeste.

L’empathie confirme à l’autre qu’il existe en tant que personne autonome, dotée d’une valeur propre et d’une identité.

Pour conclure ce chapitre, je dirais que les mots sont polysémiques, qu’un texte autorise une multitude de sens en fonction des représentations, des constructions, des images mentales de chacun façonnées par son contexte social, culturel, son histoire de vie, ses expériences, ses connaissances….Les mots allument la lumière dans les palais de nos cerveaux comme le dit cet auteur. Les mots peuvent nous blesser ou aussi nous aider. Les mots ne transmettent pas que des informations, mais aussi des émotions. Il est question non de « vidange émotionnelle », mais de « partage social des émotions » dont les bénéfices ne sont plus à démontrer. Nous sommes tous divers, différents, pluriels. Cette diversité, cette différence, cette pluralité devraient constituer notre force et notre richesse,
et s’il y a un maître mot, une valeur maîtresse à ne jamais occulter, cela devrait être le RESPECT de l’autre à défaut de compréhension, de bienveillance, de tolérance.

Sous forme de boutade ou de caricature si on préfère, cette vidéo et son titre "Le Plaisir des Sens" (politiquement très incorrect). Surtout ne pas se laisser « piéger » par ce qui peut paraître tomber sous le sens (expression qui s’écrivait d’abord "tomber sous les sens" pour signifier "être directement perçu par les sens").

Yahli/ Orchestre National de Barbès

Par Le 31/07/2026

 

Une chanson que je dédie à AlgerMiliana et à tous les AlgerMilianautes, aussi à toutes les Algériennes et Algériens Intra ou Extra Muros. Chacun et chacune d’entre nous y puisera ce qu’il y aura à puiser et qui lui parlera, mais que dans le positif, et encore positif. S’il n’y a rien à y puiser, il restera la chanson qui est bien agréable à écouter. Alors bonne écoute.

Bien amicalement à toutes et tous.

Mercedes Sosa/Todo Cambia

Par Le 31/07/2026

Hommage à Mercedes Sosa. Entre constance et changements, unité et influences, une chanson tout en dynamique, tout en mouvement, tout en action, tout en vie, tout en nuances, tout en espoir.

Mercedes Sosa surnommée « La Negra », Argentine d’origine Indienne a consacré toute sa vie à donner sa voix extraordinairement belle, chaude, touchante par la grâce de son émotion, puissante, si puissante, à son pays, à l’Amérique latine, au monde. « Yo no canto por cantar », je ne chante pas pour chanter est le titre d’un de ses albums, pour signifier son engagement culturel constant pour les arts populaires, et politique pour les droits de l’Homme à travers le monde, aux côtés des sans voix. Sa voix magnifiquement pleine et profonde se voulait être entière à leur service.

Un double symbole incarné par Mercedes, celui du « Mouvemiento de la Nueva Cancion »ou la valorisation et l’intégration des musiques populaires régionales épurées des modes passagères et commerciales, dans un recueil d’abord national, puis sud américain ouvert et nourri par d’autres musiques populaires du monde, et celui de l’engagement politique dans la chanson contestataire dans laquelle elle s’est très rapidement inscrite chantant des textes et poèmes de Violeta Parra, Pablo Neruda, Milton Nascimento, et bien d’autres encore. Cela lui a valu arrestation en plein concert, censure, interdiction de chanter, et finalement exil douloureusement vécu en Europe.

Mercedes Sosa a partagé la scène avec de prestigieux chanteurs tels Pavarotti, Joan Baez, Sting, Andrea Bocelli…, chantant inlassablement l’espoir et la résistance, les joies et les peines des peuples d’Amérique latine jusqu’à devenir « la Voz de Americà », une icône populaire Sud Américaine et Internationale.

Nina Simone / Feelings

Par Le 31/07/2026

Nina Simone dans FEELINGS

Auriez-vous oublié vos sentiments ? Ceux qui ouvrent à la poésie, au rêve, à l’autre, aux autres, au monde, à l’univers ? Alors Respirez à fond, lâchez prise, et accueillez vos "Feelings, nothing more than Feelings..." Nina Simone dans une interprétation de « Feelings » profondément humaine, foncièrement universelle. Magistrale, Sublime Nina Simone !

Quelques extraits de son intervention propre auprès du public, le texte original n’étant que prétexte pour amener ce dernier à se détendre, à quitter la surface pour aller au fond de soi et se reconnecter avec ses sentiments. Vous allez voir, c’est loin d’être facile ! Le texte original et l’histoire qui le sous-tend deviennent secondaires, ce n’est plus du sentiment amoureux qu'il est question, mais de l’univers des sentiments ... Seuls les sentiments et rien de plus que les sentiments...

-...Feelings of love, you know that ?... together, and we do it ! We get to the mirror( ?) where we have forgotten our feelings of love. You will help, hee !

-...We have forgotten our feelings of love

-Damn ! You know what ? What a shame we have to write a song like that !... I do not believe the conditions that produced a situation that demanded a song like that !

-Well come on, clap... Damn it, what’s wrong with you ?

-Come on, let’s hit the climax, you know the song, man !

-...I’ll let you go, so soon, ...and so embarrassingly soft

-So let’s please do the choirs.. Feelings...

-Come on...

-Feed me, feed me, feed me

-No matter what....

-I’ll always have my feelings, nothing can be stopped...
 

Biya dhaq el mour/Blaoui el houari

Par Le 31/07/2026

Biya dhaq el mour

Tout comme « Bakhta », « Bia Dak El Mour » est une œuvre poétique-phare du chant Bedoui oranais. Son géniteur n'est autre que le Cheikh El Hachemi Bensmir qui a légué à son digne successeur, Blaoui Houari, le soin de pérenniser, à travers une très belle mélodie, ce standard Wahrani.

Bensmir, en maître incontesté du genre Baladi, est né en 1877 à Oran , à M'dina Djdida exactement. Il est issu d'une vielle famille, oranaise originaire de Mascara. Après avoir appris le Coran à Sidi El Houari, auprès de Cheikh Mustapha Ben Chérif, le barde se lancera, dès son jeune âge, dans le Chiire El Melhoune. « Bia Dak El Mour », pur lyrisme conciliant foi divine et sentiment d'amertume à l'endroit de l'ordre colonial, vaudra au poète, durant les années vingt, un séjour en prison. Car en fait, les cinquante deux vers de cette sublime inspiration « subversive » renvoient à un dialogue qu'entreprend le poète dans un cimetière avec une femme éplorée à la suite du décès de son frère qui n'est autre que Houari Ould El H'biche. L'endeuillée, à l'image de la grande poétesse arabe El Khanssa, étale dans ses pleurs tous les mérites de son frère qui était un réconciliateur (Jah) célèbre sur la place d'Oran. La rengaine du poème et du poète, prédication et consolation, revient entre chaque strophe pour rappeler dans la résignation « qu'il est écrit que l'homme peut être vaincu et que ses malheurs augmentent ». Et dans une longue litanie, l'affligée entend dire « que peut représenter ton malheur face à celui de tous ces hommes qui, humiliés et fouettés, s'en vont, boulets aux pieds, dans les bateaux du non-retour ». Ici, l'allusion est faite au « bateau blanc » qui emmenait les rebelles avant l'heure vers le bagne de Cayenne. Bensmir a chanté « Wahrân Ki Kounti », une autre œuvre moins connue mai qui chante la splendeur de la ville d'Oran avant la colonisation Française. Il mourra subitement au mois de juin de l'année 1938.

Il laissera une lignée de Chanteurs à l'image de son fils Bensmir Missoum, encore vivant de nos jours. Ce qui est perceptible dans cette œuvre, c'est l'isotopie de la résignation et de l'abandon face à l'hégémonie du colonisateur, la même qui caractérisera toute la production littéraire algérienne et politique du début du siècle, jusqu'aux années quarante.

(Source El Watan 14 déc. 2005)