Il symbolisait cette image de rigueur qui existait entre l’élève et son professeur, où le rire inutile ou sciemment provoqué n’avait de place que lorsque le ridicule prenait vraiment le pas et le dessus sur les choses sérieuses, objets de thèmes développés ou de cours assidûment dispensés. Regroupés en un long cortège de limousines peu luxuriantes mais toutes récentes et flambant neuves pour certaines d’entre elles, ces élèves d’autrefois prenaient, donc, dès leur arrivée dans la ville considérée, la route menant au saint de la contrée de Sidi Boutchent, où ils feront la découverte d’un site de gravures rupestres, dont l’origine remonte aux temps bien anciens, manquant malheureusement toujours de protection et de vulgarisation. Sur l’impact de la roche, apparaît visiblement en surface le relief fort éloquent de l’une des merveilles de la calligraphie de ces images antiques et féeriques qui nous renvoient ou nous projettent, du coup, dans le berceau de l’histoire millénaire. Du semblant de cafouillis scriptural, il s’en dégage en filigrane une figurine aux traits plutôt peu apparents mais très saillants, la croupe et la queue filante et incurvée d’un félin difficilement reconnaissable, la longue trompette pendante d’un éléphant dont le corps reste entièrement dissimulé par la touffue végétation d’un figuier intrus et envahissant dont les racines sont solidement accrochées à la roche. L’image très attractive, saisissante à plus d’un titre et séduisante à souhait, démontre – on ne peut mieux- tout ce laisser-aller dévolu à notre culture matérielle et immatérielle, seule à même de réveiller nos consciences, mais dont ses obligés souffrent aussi cruellement de ses nombreux malheurs, au même titre d’ailleurs que ces gravures rupestres totalement abandonnées à leur sort et à l’effet néfaste des saisons rigoureuses de l’année. Mieux encore, même ce sentier caillouteux qui y mène, sur une distance de plus de deux kilomètres, n’incite plus à faire cette utile et nécessaire randonnée, tant la nature refuse à son monde, lequel se résume désormais à son seul tube digestif, de lui montrer ses nombreux secrets, très enfouis et ses bien cachés atours et autres magnifiques attraits. Autant, donc, la toute merveilleuse découverte valait vraiment ce déplacement osé mais très éclairé sur site, autant encore les conditions de la réaliser dans cet état des plus délabrants et déliquescents décourageraient les plus avertis ou très acariâtres archéologues, tous réunis.
Contre mauvaise fortune, tout le monde devait donc faire bon dos. Très fiers de disposer de ce fabuleux trésor, on ne pouvait qu’espérer mieux le protéger afin de bien l’exploiter après. Sitôt terminée cette imprévue virée et la prise de photos qui allait de soi et de coutume lui succéder, c’est, donc, vers le chef-lieu de commune que tout ce beau monde se dirigea ensuite, dans son désormais habituel défilé de voitures sur cette sinueuse route qui serpentait sur la haute montagne. Là, dans l’enceinte de la bibliothèque municipale, un couscous fumant de sa bonne chaleur et autre arome et enivrantes odeurs du terroir, garni de cette viande alléchante du célèbre bélier de la région, jusqu’à en faire saliver les plus gourmands des fins gourmets, était donc au menu de ces grandes retrouvailles lycéennes. Après le thé d’usage à la menthe remontée et le café de convenance, l’assistance fut conviée à assister à une prise de parole par différents intervenants, les uns souhaitant aux autres la bienvenue pendant que d’autres traçaient encore ces futures ou utiles projections, tandis que les organisateurs de la rencontre exprimaient, eux, dans le délire leur joie de réussir à regrouper tout ce beau monde d’autrefois, aujourd’hui, bien aguerri, grâce à la force de l’âge et à l’expérience de la vie. L’après-midi devait être consacré à cette randonnée pédestre dans ce féerique site d’El- Meddad d’où se dégageait cette fraîcheur printanière remontant des herbes, provoquée juste un moment auparavant par cette fine pluie qui se mettait de la partie, comme pour nous démontrer que nos stations climatiques et autres grands reliefs de la contrée n’avaient rien à envier à ces autres images sophistiquées ou surréalistes nous parvenant du monde en altitude du plus vieux continent. Disposant de tout ce potentiel économique et touristique qui fait encore chavirer les cœurs éprouvés de la belle nature du monde des gens soucieux de le mettre en valeur, nos formidables reliefs tiennent encore tête à ces mesquines façons et bien hypocrites manières de gérer ce très grand patrimoine du pays. Sous la pluie battante, comme sous les balles haletantes de la toute frêle grêle, laquelle parfois s’en mêle, tout comme sous ces gros flocons de neige, grande faiseuse de pièges, ou ce vent inquiet, frisquet et parfois très virulent et sous ce soleil haut mais de plomb, de feu ou juste de saison, El-Meddad tient toujours bon, tenant bien la garde, dans sa position debout, défiant la nature et son interminable série de saisons, les unes bien douces et très supportables, les autres, par contre, plutôt difficilement endurées. Mais Theniet El-Had ne se résume pas seulement au grand symbole de son haut relief et très boisé mont El-Meddad. Des plumes, devenues désormais bien célèbres, avaient irrigué de leurs nombreux jets d’encre utile et très fluide ces mêmes lieux ainsi que d’autres lointaines contrées du pays, mais aussi du monde entier. Tout comme d’ailleurs devait le faire cet autre enfant du pays (bled) qui était, lui aussi, très habile de ce pied de la véritable épée tranchante, droit et très adroit, qui envoyait ces grands gardiens du monde aller derrière eux chercher le ballon qui échouait souvent au fond de leurs filets. Et même si cette idole ne joue plus au foot et que cette autre plume – partie, elle, à jamais- n’écrit plus, tandis que cette autre fait plutôt dans les menus décors, après avoir tout juste usé de sa grande sève dans ce qui relève du strict protocole, il reste que cette région est des plus fécondes de ce monde qui inonde toujours nos esprits de très belles choses et ramène également de la joie dans nos cœurs. Les quelques brassages, entre-temps opérés au sein de la population locale avec l’injection de quelques effectifs de la race noble de ces cheptels ovins et bovins, qui se côtoient désormais au pied du rocher, ainsi que ces vieilles demeures faites de pierre et de terre argileuse, lesquelles narguent de leur âge très avancé et bien lointain et autre résistance à l’usure du temps celles réalisées grâce à ces nouveaux matériaux d’aujourd’hui, toutes laissant à penser que le développement économique du pays peine encore à investir très sérieusement ces autres contrées et localités qui en exprimeraient ce besoin imminent. Sous l’effet de ces jets très timides d’une plutôt bien fraîche pluie printanière, tout ce beau et très séduit monde, hôte de la contrée, se retire donc de ces lieux paradisiaques sur la pointe des pieds, soucieux de ne point déranger cette belle nature dans son grand sommeil et magnifique pré, drapée dans son joli habit de saison, mue par cet espoir de la retrouver au mieux de sa forme et grands attraits aux prochaines retrouvailles lycéennes. Tel ce bref et impromptu retour dans ce rêve bien superbe, miraculeusement ressuscité, la visite prend, donc, fin pour ajouter encore plus de nostalgie à ces autres mémorables feuilles du livre de la vie, lui qui n’en demandait pas tant, afin de s’en assurer, à présent, de la contenance dans ses entrailles de toute la collection considérée ou exigée par l’histoire de la contrée.