Les années bac (60-70) Par la rédaction d'Alger-Miliana

Epreuves bac

Q ui d'entre nous a oublié cette période si particulière du baccalauréat ? Ces semaines suspendues entre l'angoisse et l'espoir, où chaque journée semblait peser plus lourd que les autres. Pour les élèves du lycée Mohamed Abdou de Miliana, ce moment avait une saveur unique et quelques surprises organisationnelles dont on se souvient encore.

Pour nous qui étions internes, ce tunnel des révisions se vivait en vase clos, dans une intensité partagée jour et nuit. Loin des familles, le lycée était devenu notre QG de combat. Les manuels et les cahiers envahissaient les salles d'étude aux heures réglementaires, mais l'effort ne s'arrêtait pas là. On se souvient des chuchotements tardifs dans la pénombre des dortoirs, des révisions improvisées à la lueur d'une veilleuse ou d'une lampe de poche et de cette solidarité unique entre internes. On se transmettait les fiches de résumé, on se dictait les dates d'histoire et on partageait les moments de doute comme les éclats de rire nerveux. L'angoisse était collective, mais le courage l'était aussi, forgé dans cette vie de communauté où chacune veillait sur l'autre jusqu'au grand matin de l'examen.

Le jour des épreuves, les élèves du lycée Abdou ne composaient pas forcément dans leurs propres salles. Garçons et filles étaient répartis entre les deux lycées de la ville, le lycée Mohamed Abdou et le lycée Mustapha Ferroukhi. On se retrouvait ainsi à composer dans des salles inconnues, dans un établissement qui n'était pas le sien, aux côtés d'élèves qu'on ne connaissait pas toujours. Une façon de brasser, de mélanger, de rappeler que le baccalauréat était un examen national, pas une affaire de lycée. Cette répartition ajoutait une couche supplémentaire au stress du grand jour. Il fallait trouver sa salle, repérer sa place, s'installer dans un environnement étranger, et malgré tout rassembler toute sa concentration.

Après les épreuves venait l'attente. Une attente qui durait des semaines et qui usait les nerfs de toute la famille. On se demandait, on recalculait, on espérait, on doutait. Les nuits n'étaient pas toujours tranquilles. Et puis, un matin, les résultats tombaient. Pas de SMS, pas de site internet, pas d'application. Les résultats du baccalauréat se publiaient dans les journaux. Ce matin-là, on se levait avant tout le monde. On descendait acheter El Moudjahid ou La République, les mains légèrement tremblantes. Et on cherchait son nom dans les colonnes serrées de petits caractères noirs, alignés sur la page comme des soldats.

Trouver son nom imprimé là, dans le journal que tout le monde allait lire ce jour-là, c'était une émotion indescriptible. Comme si la République entière était témoin de votre réussite. Certaines découpaient soigneusement cette page et la gardaient toute leur vie, pliée dans un tiroir, jaunie avec les années mais jamais jetée. La nouvelle se répandait vite dans la ville. Un voisin qui avait lu le journal avant vous pouvait arriver en courant pour féliciter la famille. Les mères pleuraient de joie. Les pères gardaient leur fierté pour eux, mais elle se voyait quand même.

Et pour celles dont le nom n'apparaissait pas ce matin-là dans les colonnes du journal ? Le silence. La déception rentrée. Mais rarement l'abandon. On reprenait, on recommençait, on revenait l'année suivante avec encore plus de détermination. Parce qu'à cette époque, décrocher le baccalauréat n'était pas une option parmi d'autres, c'était une nécessité, un devoir envers soi-même et envers sa famille. Le bac de Miliana, avec ses deux lycées, ses salles mélangées et ses résultats cherchés fébrilement dans les pages du journal, reste l'un de ces souvenirs qu'on ne partage qu'entre initiés. Un souvenir de ceux qui pèsent lourd dans la mémoire et dans le cœur.


 

Résultats BAC 77

 

Résultats BAC 77

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