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Miliana et ses pentes vertes/ Par Rabéa SKENDER

  Miliana et ses pentes vertes, ses vergers enchevêtrés de tournesols, de figuiers, de cougourdiers, comme nos bastides des provençales ». C’est ainsi qu’apparaît à Alphonse Daudet le site de cette petite ville pittoresque du petit Atlas.

 Le visiteur qui prend la route vers Miliana, découvre un Spectacle de Couleurs et de Senteurs. Ce sont des haies d’amandiers et de grenadiers, des clôtures de roseaux et de jasmin, des jardins fleuris de cerisiers et de pruniers qui s’étalent harmonieusement en contrebas des vieux Remparts pour s’étendre vers la Plaine.

En plus de la splendeur du Site, l’internaute trouvera dans cette présentation une grande fresque historique de l’antiquité à la période de la résistance populaire. Il connaîtra également la richesse du patrimoine archéologique et monumental que recèle la ville et sa région ainsi que les valeurs des traditions et coutumes des habitants.

C’est un long périple que l’internaute pourra effectuer à travers le passé prestigieux de cette ville millénaire d’Algérie dont la fraîcheur et le parfum des traditions incitent le visiteur à s’y attarder.

 Miliana le joyau hors du temps

Vue d ensemble  Miliana est la divine surprise qu’un voyageur désabusé du sort de nos cités peut encore rencontrer de nos jours. Une ville cachée du mauvais œil. Qui, perchée sur son piédestal à 750 mètres d’altitude sur le Zaccar El-Gharbi, regarde se déchaîner les hommes à ses pieds, dans la plaine du Chélif.
Un heureux hasard l’a maintenue telle quelle entre ses murs, derrière quelques pans de son antique rempart. Telle quelle, c’est à dire comme un site citadin exceptionnel que traverse une mélodie de musique Andalouse à couper le souffle. Un musée à ciel ouvert comme avant la mine de fer qui lui a fait son pain au temps des colonies. Un musée vivant surtout de la jeunesse de sa population studieuse et romantique…
Il y avait 26 mosquées à Miliana au moment de l’occupation française, celle de Sidi Ahmed Benyoucef aura sans doute le mieux résisté. Il s’agit aussi du sanctuaire du Saint Patron de la ville, et le siège d’une Zaouïa. C’est une destination quasi incontournable pour tout visiteur de Miliana. Le rayonnement de la ville doit beaucoup à cette figure mystique du XVIème siècle.
La montagne du Zaccar est mutilée. Elle a donné son fer aux colons, puis sa pierre à la ville. Toujours à ciel ouvert. Les mines de fer ont fermé au début des années 70, elles étaient le principale employeur de Miliana., Djelloul énumère les vestiges locaux de l’industrie publique :
L’Office National des Explosifs a pris le relais avec une unité de grande taille à mi-chemin entre Miliana et Khemis Miliana. Il y a aussi sur la route d’Ain Torki une unité de l’ENIEM qui fabrique des châssis pour le complexe de Oued Aïssi, et une autre de la SNIC. Mais tout cela tourne un peu au ralenti.
Un privé s’est lancé depuis plusieurs années dans la fabrication des carreaux de faïence grâce aux carrières du Zaccar. Le produit s’appelle la Zaccartine et orne tous les lieux publics importants de la ville, à commencer par l’esplanade devant la Mosquée de Sidi Ahmed Benyoucef.
La bourgeoisie Miliani a peu investi dans la ville. Les hommes d’affaires les plus prospères qui ont fait fortune à Blida ou dans la capitale, possède tout au mieux un hammam de luxe dans leur ville d’origine. Mais personne ne semble leur en faire grief ici. Miliana, rêveuse sur le belvédère de la pointe, est résolument insoucieuse. Comme le sont les poètes qui deviennent la fatuité des choses.
Mohamed anime depuis des années une troupe de musique andalouse, Edziria : «Ici à Miliana, on écoute plus le Chaâbi et l’Andalou que le Raï. »
C’est dire si la ville cultive le chic du raffinement de l’âme sans les boursouflures de l’opulence. «N’oubliez surtout pas de revenir en Juin. Il y aura le festival de musique andalouse. Cela coïncidera avec la fête des Cerises». Des Cerises sur le gâteau.

Miliana, la ville aux beautés incomparables.

4 21  Vue des chemins forestiers ou miniers, des hauteurs du Zaccar majestueux, avec ses centaines de jardins, de villas, de cascades, de moulins, la ville, avec sa verdure, ses fleurs, ses eaux, son minaret admirable, parait dire au voyageur, au passant, ainsi qu’une charmante demoiselle au sourire ineffable :
«Oui, c’est moi, la célèbre Miliana, la ville aux beautés incomparables, aux panoramas divers, à la température délicieuse, aux eaux vives, pures et joyeuses, à l’air frais et embaumé ! Oui, je suis unique ! Plonge toi dans mes bois, mes ravins ; enivre toi de mes parfums ; descends, silencieux, mes raidillons ; écoute le chant de mes oiseaux, le gazouillis de mes ruisseaux, le sifflement de la brise dans les roseaux ; admire mes cascades et songe à leur fracas, traverse mes forêts et chante à mes échos ! Oui, je suis Miliana, la Malliana romaine ! Que tes femmes pénètrent dans mes marabouts et tes frères dans mes mosquées !
« Je suis l’étoile algérienne, O passant que mes beautés charment ! Je suis la rose africaine, un diamant incrusté dans un bijou de perles et d’émeraudes, de saphir et de rubis !…Je suis un astre que tout le monde ne connaît pas !… ».
Extrait du roman : « Zohra, la femme du mineur » de Hadj HAMOU Abdelkader Pages :114 – 115.

  L’Automne à Miliana

11 4  Je me souviens des couleurs chatoyantes de l’automne. Les arbres , avant de perdre leur feuillage , en fin de saison, offraient un spectacle enchanteur. Les après midi, nos retours de l’école ressemblaient souvent à un vagabondage sans fin tant la nature étalait ses richesses sur notre chemin. L’atmosphère était d’une telle douceur, pareille à ce que l’on peut ressentir après un accès de fièvre. La nature dansait dans ses plus beaux atous. Le soleil en jouant avec les feuillages donnait aux arbres l’apparence de femmes dansant dans leurs habits de fête.
Les rayons du soleil accentuaient l’or des feuillages et la brise en les remuant orchestrait une telle symphonie de sons et de couleurs.
  Nous nous amusions à chercher la plus belle et la plus grande des feuilles de chaque arbre pour l’introduire entre les pages de nos livres d’école afin d’ en garder la trace par refus de voir la saison se terminer. Nous cherchions dans les haies qui bordaient les chemins et protégeaient les propriétés, les derniers fruits de la saison, baies, mûres, jujubes et même si nous avions les mêmes fruits aux alentours de notre jardin, ils avaient un goût bien plus sucré et plus doux quand ils étaient accompagnés de ce sentiment du plaisir défendu.
Les garçons, plus téméraires, montaient sur les arbres qui bordaient le chemin et secouaient les branches pour en faire tomber les derniers fruits qui résistaient. Les filles, la tête levée vers eux attendaient comme des oisillons, le bec ouvert, pour recueillir la béquée.
Le butin était partagé soit à l’amiable soit sous la menace d’une dénonciation aux parents en cas de réticence de la part de celui qui s’était aventuré sur l’arbre d’un voisin et qui de ce fait, portait toute la responsabilité du crime sur ses frêles épaules.
 Nous rentrions repus et barbouillés. Pour éviter toute punition, dès le pas de la porte, avec emphase, nous donnions milles excuses et faisions milles petits mensonges pour nous couvrir mutuellement.
Notre mauvaise foi était flagrante et notre grand-mère qui était la seule habilitée à nous punir, nous écoutait en silence.  Nous savions que tant que nos petits larcins, que nous savions interdits, étaient gardés bien au secret, nous ne risquions rien. Mais souvent la punition n’était que retardée car notre grand-mère, soupçonneuse, finissait toujours par connaître la vérité.
Nous jetions alors nos cartables, enlevions nos tabliers et le goûter à la main nous retournions dans les mille et un coins de jeux que notre jardin nous offrait jusqu’à ce que la pénombre du soir nous chasse vers notre nid pour y dormir en rêvant aux jeux que la nuit avait reportés au lendemain.

Commentaires (2)

mohamedazizi mohamed
  • 1. mohamedazizi mohamed | 31/03/2014
Bonjour Rabea. Quel beau texte que j' ai lu attentivement et avec un grand plaisir et qui m' a renvoyé dans mon enfance. A un certain moment je me revoyais avec les copains de l' époque ou en famille lorsque qu' on organisait des randonnées aux alentours de la ville, et ou chaque coin était différent de l' autre que l' on soit du côté d ' El anassers ou du petit bois. Pendant la lecture savoureuse de ce texte, je suis redevenu l' adolescent que j' étais avec des souvenirs pleins les yeux. Il n' y a pas de honte à avouer que l' émotion m' envahi en pensant aux merveilleux moments de mon enfance. Merci beaucoup de me les avoir fait vivre. Que dieu vous garde.
Chantal
  • 2. Chantal | 29/03/2014
Merci à Rabéa que je ne connais pas et dont je lis, pour la première fois sur ce site, ce merveilleux texte sur Miliana. J’ai été touchée par l’authenticité et la sincérité de ce témoignage « d’amour » pour cette ville. Au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture de ce texte, je retrouvais mon enfance dans bien des descriptions : le Zaccar, les vieux remparts, la fête des cerises, les fruits que nous allions cueillir dans les arbres sans oublier … l’odeur du jasmin que je peux encore percevoir simplement en fermant les yeux. Ma découverte du Chaâbi, grâce à mes nombreux amis Milianais, est cependant récente et si j’apprécie tout particulièrement cette musique que j’ai l’impression de connaître depuis toujours … c’est sans nul doute parce qu’elle est enfouie quelque part dans mon inconscient, gravée tel un tatouage et qu’elle fait réagir « émotionnellement » la petite algérienne de cœur que j’ai été pendant les quinze premières années de ma vie et … que je suis toujours … avec quelques années de plus … lol !

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