Par
jade
Le 04/07/2025
Permettez-moi de joindre, mais cette fois-ci pas de moi mais de Lazhari Labter, un écrivain Algérien, un passage où il décrit ses moments de jeux, autrefois comme tous les garçons de son âge avec un moyen de transport hors du commun qu'est le "roulement", je suis sûre que vous allez l'aimer vous aussi, surtout vous les gars ! mais peut être aussi vous les filles, comme il m'a plu à moi qui me souviens de ce jeu exclusivement masculin !!
Voici donc "Errourma"
Je me souviens qu’en dehors de la chasse aux oiseaux avec des lance-pierres bricolés ou des pièges, du jeu des billes, du jeu du trou, du gendarme et du voleur, de colin maillard, de la pelote, du sig (jeu de bâtonnets pratiqué dans les hauts plateaux et le sud algérien) et, ô délice, des heures complices des siestes d’été des grands, du chapardage de fruits dans les jardins ou de la lecture quand j’avais la chance de mettre la main sur un roman ou une bande dessinée, on avait très peu de distractions et pas de jouets du tout. Les seuls jouets dont nous disposions étaient ceux qu’on fabriquait de toutes pièces. Errourma par exemple, nom qui signifie simplement « roulement » à cause des roulements à billes qui permettaient de faire rouler ces voiturettes qui nous donnaient tant de bonheur et tant de tracas et de fracas.
Il suffisait de quelques planches, l’une servant de plate-forme, les autres de guidon et de supports, cinq roulements à billes, de préférence provenant de gros camions, et c’était parti pour les folles courses sur toutes les pentes qui s’offraient à nous. Nos courses finissaient parfois dans un mur ou dans une seguia, mais la grisante sensation de rouler valait toutes les blessures et toutes les égratignures. Bien sûr, parfois le guidon mal fixé se détachait brutalement ou l’un des roulement cassait ou se bloquait, mais, bricoleurs de génie que nous étions, nous arrivions toujours à dépanner nos engins dont le bruit mettaient hors d’eux les habitants du quartier où l’on jouait, surtout si c’était à l’heure de la sieste.
Et comme la sieste, si je puis dire, n’a jamais été ma tasse de thé, je ne pouvais que faire les murs des jardins à la recherche
des fruits défendus ou faire rouler mes roulements dans mes aires de prédilection.
Extrait de "La cuillère et autres petits riens"