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Chapitre 33

Paris années 60

Il avait été d’abord envisagé de partir en vacances en  famille en 1961, et j’ai déjà mentionné l’idée d’un voyage à travers l’Est de l’Europe jusqu’en Union soviétique.

Toutefois le contexte général troublé, incertain, et la nécessité pressentie de devoir faire des économies, ont dû amener nos parents à renoncer à un tel projet. Ils décidèrent donc de rester à Miliana cet été-là, avec Pierre (sept ans), et de nous envoyer tous les deux chez nos grands-parents maternels, à Paris. Nous ne perdrions pas au change : au lieu de Moscou et des grandes plaines russes nous retrouverions l’atmosphère paisible et aimante que nous avions toujours connue chez Grand- papa et Mameu, et nous disposerions de presque trois mois entiers pour  la Ville-Lumière.

J’avais seize ans désormais, mon Bac en poche depuis quelques jours, et je savais qu’à la rentrée une vie nouvelle m’attendait. Albert avait quatorze ans, et des rêves lui aussi, l’avenir était merveilleusement ouvert.

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C’est donc le 2 juillet que nous montâmes pour la première fois dans un avion, à l’aéroport de Maison-Blanche, près d’Alger. L’appareil était une Caravelle, le fleuron de l’aviation de ligne française, lancée deux ans avant, et si reconnaissable avec ses réacteurs à l’arrière du fuselage et non dans les ailes.

Grand-papa et Mameu habitaient Paris depuis trois ans, dans le dixième arrondissement, au quatrième et dernier étage d’un immeuble ancien situé 4 boulevard Saint-Martin, tout près de la porte du même nom. Ce fut un plaisir de les retrouver pareils à eux-mêmes. Ils semblaient s’être coulés tout naturellement dans leur nouvelle ville, dans leur nouvelle vie. Il est vrai que depuis qu’ils s’étaient rencontrés en 1919, à Zemun, ce devait bien être le dixième logement qu’ils partageaient (et ils devaient en connaître encore deux autres !). Nous nous rappelons que peu après notre arrivée nous reçûmes la visite de Jacques Delpy, un des frères cadets de  notre grand-père. Converti au protestantisme dès sa  jeunesse, il était devenu pasteur. Il avait un peu plus de soixante ans alors. C’était un homme de belle allure, plein de distinction. Il a été le seul des cinq frères de Grand-papa dont nous gardons souvenir.

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Premières vacances sans nos parents : ce sentiment nouveau de liberté était grisant, et nous étions avides de tout voir, de tout découvrir. Il n’est sans doute pas un des hauts-lieux touristiques de Paris et des environs où nous  ne soyons allés (et parfois retournés) — je ne sais plus de  quelle façon nous étions pourvus en argent de poche mais la dotation était assez large pour couvrir nos besoins,  et même nos envies.

En outre, Paris était déjà la capitale mondiale du cinéma, ou plutôt des salles de cinéma, avec une programmation qui nous donnait le vertige. Je me demande comment nous faisions pour nous mettre d’accord en épluchant notre « Officiel des spectacles », magazine de poche hebdomadaire des sorties et distractions qui devint notre bréviaire, mais je me souviens qu’on allait au cinéma ensemble, en après-midi, dans les quartiers les mieux pourvus en salles, vers l’Opéra ou l’Étoile, parfois plus loin s’il le fallait, ou tout près, sur le trottoir d’en face, dans l’humble Bosphore, qui ne passait que des films de série B ou C tout comme notre cher Splendid.

Le métro, notre moyen de déplacement exclusif, était d’ailleurs pour nous extraordinaire. C’était encore l’époque des poinçonneurs de tickets dans leurs petites guérites.

Le film qui de tout l’été nous a le plus impressionnés a certainement été « Un homme dans la foule », d’Elia Kazan. C’est le seul en tout cas que, dès notre sortie de la salle, après nous être concertés sur le trottoir, nous sommes retournés voir séance tenante.

Ces vacances nous permirent aussi de retrouver nos deux meilleurs amis, Patrick et Bernard Siché, arrivés peu après nous en compagnie de leur maman et de Fanfan, leur caniche noir — mais pour eux il s’agissait d’une installation définitive en France.

Sitôt à Paris, Patrick nous fit signe, et il vint nous retrouver au domicile de nos grands-parents. Une lettre d’Albert nous dit que la toute première balade ensemble nous a conduits au canal Saint-Martin. Elle a été suivie de beaucoup d’autres, très  diverses. Mon ami m’appelait généralement après le déjeuner, on convenait du programme, et on se retrouvait selon le cas au pied du monument ou à l’entrée du musée ou de la salle de cinéma.

Patrick et moi nous venions de nous séparer au lendemain du bac, à peine quelques semaines avant. C’étaient donc un peu nos allées et venues de la rue Saint-Paul qui reprenaient — sauf qu’il y avait ici d’innombrables rues Saint-Paul. Nous n’avions nullement le sentiment d’une rupture, même si nous savions qu’à la prochaine rentrée, lui serait étudiant ici et moi à Alger. Quant à Albert, il partait  avec Bernard dans d’autres vadrouilles dont il faisait le relevé dans des lettres à nos parents, avec aussi les titres de tous nos films, agrémentés de leurs notes, souvent radicales : 21 sur 20 pour « Un homme dans la foule », bien sûr, mais un surprenant 1 sur 20 pour la très belle «  Traversée de Paris », qui avait dû complètement nous échapper.

La dernière lettre d’Albert, le 15 septembre, juste une semaine avant notre départ, mentionne que nous sommes montés en compagnie de Bernard jusqu’en haut de la Tour  Eiffel. C’est la toute dernière excursion dont nous avons  trace à Paris cet été-là.

***

Dans le silence de son bureau, Grand-papa, à l’aide de ses ouvrages de référence, de sa loupe, de ses pinces de philatéliste et d’un de ses crayons à la mine si pointue, passait de longues heures à préparer ses ventes sur catalogues — à Paris il ne recevait plus de clients, tout son commerce se faisait par le canal des publications spécialisées et des bulletins de ventes aux enchères qui circulent parmi les initiés. À l’occasion il partait, une valise vide à la main, vers des destinations connues de lui seul, d’où il revenait avec son bagage lourdement chargé : il achetait ainsi, en bloc, les classeurs ou les boîtes laissés par des collectionneurs décédés, aux protestations de Mameu qui se lamentait par avance du fouillis qui suivrait l’ouverture de la valise et de l’amoncellement toujours plus grand de cartons qui en résulterait. Mais c’était le plaisir de Grand-papa que de ramener à la maison ces valises, dans l’espoir d’y dénicher, perdue au milieu de tout un fatras sans valeur, la pièce rare qui justifierait ses efforts. Malgré ses promesses d’arrêter pour se consacrer exclusivement à la liquidation du stock accumulé, il ne renonça  pas vraiment à cette passion, presque jusqu’à la fin de sa longue existence (ils nous quittèrent, Mameu et lui, à quelques mois d’intervalle, en 1982, après soixante ans de vie commune). Il faut ajouter que, s’il s’est toujours refusé  à constituer sa propre collection, Grand-papa était un marchand extrêmement avisé.

Il nous faisait rarement participer à ses travaux, et, curieusement me semble-t-il, n’a jamais essayé d’éveiller notre intérêt pour son occupation — il ne l’avait d’ailleurs pas fait davantage avec ses filles, lesquelles se trouvèrent bien  plus tard fort désemparées face à l’énorme quantité de timbres qu’il laissa derrière lui. Néanmoins il nous amena une fois chez quelqu’un qu’il connaissait depuis des dizaines d’années, une des plus hautes autorités dans le  monde de la philatélie, Monsieur Brun !

Aimé Brun était un tout petit monsieur porteur d’une belle paire de moustaches blanches à l’ancienne, qui avait ses bureaux dans la galerie du Palais-Royal. Là étaient entreposées d’exceptionnelles collections, qui lui permettaient d’authentifier (ou non) les timbres sur lesquels du  monde entier on sollicitait son avis : une minuscule empreinte de sa signature apposée au dos de la vignette suffirait à assurer ou à bonifier sa valeur auprès de tout amateur. C’est à son aval que Grand-papa soumettait entre autres ses plus rares « variétés » (ces timbres dont une anomalie fait tout le prix). Les quelques pièces sombres tapissées de classeurs et d’albums qui abritaient une partie des trésors de la maison Brun devaient représenter pour notre grand-père une sorte de caverne d’Ali-Baba. C’est d’ailleurs là qu’en 1932 il avait été photographié, tenant fièrement entre ses mains une prodigieuse série de quinze exemplaires du timbre français le plus rare et le plus cher, le Cérès vermillon de 1849.

Ce fut aussi, pour nous deux, un été de livres ! Je découvris les marchands de bouquins d’occasion, notamment dans le passage Jouffroy, tout proche de chez nous — le charme mystérieux de cet endroit hors du temps où la lumière ne variait pas, et où la moindre boutique semblait être là depuis toujours et pour toujours. Le passage contenait même l’entrée d’un modeste hôtel,  l’hôtel Chopin, où je me promis d’aller un jour — après plusieurs décennies, j’ai tenu cette promesse, et je sais donc que ses fenêtres donnent sur la verrière du passage. Albert, de son côté, devint un visiteur assidu de la minuscule librairie située juste au pied de notre immeuble. C’est là qu’il commença vraiment à bâtir sa collection des Marabout junior, dont notamment la série des « Aventures de Bob Morane », leur héros emblématique. Le libraire faisait d’ailleurs lui-même penser à un marabout, un peu voûté,  le crâne déplumé. Il donnait l’impression d’avoir lu, du premier jusqu’au dernier, tous les livres qui s’entassaient du sol au plafond dans sa boutique, et quant aux Bob Morane, même ceux qu’il n’avait pas ! Il réussit à me vendre « Nord », de Céline, dont la mort, couplée avec celle d’Hemingway, venait de faire les titres des journaux dans les premiers jours de notre arrivée. Je n’avais encore rien lu de lui, et je ne crois pas avoir poursuivi au-delà des premières pages.

Grand-papa, lui, ne lisait guère que des traités de philatélie ou des ouvrages sur les opérations de la guerre de 14, et bien sûr le Monde du jour, qu’après déjeuner il descendait religieusement acheter au kiosque du boulevard (quoique les positions du journal sur l’Algérie fussent loin des nôtres), et il lui resta fidèle toute sa vie.

Plusieurs fois par semaine il nous entraînait dans des randonnées, le plus souvent en partie éducatives, comme à Alger quand nous étions petits. Nous allâmes ainsi au Palais de justice, lui et moi, assister au procès, vite expédié, du colonel Ceccaldi, un militaire qui avait pris position en faveur des putschistes d’avril, et à une séance de l’Assemblée nationale agitée par des débats houleux sur l’Algérie.

Celle-ci se rappela d’ailleurs à nous en plus d’une occasion : en allant chez Monsieur Brun, au Palais-Royal, les traces d’un plasticage sur un appartement inoccupé appartenant paraît-il à André Malraux (figure emblématique de la résistance parisienne aux parachutistes d’Alger lors du putsch), une inscription peinte sur un mur, « OAS = nazi » (qui nous sembla absurde), une lettre de Maman qui nous signalait la première manifestation organisée par le FLN à Miliana (sans nous en dire les aspects dramatiques).

Le 14 juillet, sur les Champs-Élysées, une carte barrée de tricolore de Grand-papa (celle d’ancien Commissaire de police) nous servit de coupe-file à tous les trois pour franchir plusieurs barrages et nous installer dans une tribune privilégiée. J’admirais beaucoup l’aplomb de notre grand-père dans ces circonstances où il s’agissait d’obtenir quelque chose à quoi il n’était pas certain qu’on avait droit. Il ne perdait jamais son calme, et sa courtoise ténacité finissait presque toujours par triompher des obstacles.

Ce jour-là nous vîmes donc le général De Gaulle passer devant nous dans une voiture découverte. Le 4 juin 1958, sur le Forum d’Alger, au milieu d’une foule énorme, alors qu’il n’était encore que Président du Conseil, j’avais tant regretté de n’avoir pas même pu l’apercevoir. Que de choses avaient changé en trois ans à peine… Aujourd’hui je me disais que, posté sur un toit d’immeuble, un tireur d’élite muni d’un fusil à lunette aurait pu nous en délivrer !

Une autre fois, aux Archives nationales, Grand-papa parvint à obtenir pour moi, au terme d’une longue discussion (à laquelle, gêné au possible, je ne pris aucune part), une carte de lecteur pour laquelle je ne remplissais  aucune des conditions requises. Je n’osai d’ailleurs pas faire usage ensuite de cette carte imméritée, mort de honte par avance à l’idée de retrouver peut-être la dame qui, de guerre lasse, avait fini par la signer.

Pendant tout ce temps notre grand-mère restait l’âme de la maison. Elle avait toujours eu cette aptitude à faire vivre les endroits qu’elle habitait.

Il me faut avouer en passant que, premier né de ses cinq petits-enfants, j’étais un peu son préféré. Ce statut privilégié était connu de tous mais n’était source d’aucune jalousie. Des années après, lorsqu’il nous arrivait, avec nos cousines, de lui rendre visite dans son appartement niçois (son tout dernier) Mameu gratifiait chacun de nous d’un billet au moment des adieux, mais elle ne manquait pas de me rappeler sous un prétexte ou un autre et en profitait pour me glisser prestement un second billet dans la poche. Ce geste innocent et attendu nous amusait et nous  attendrissait à la fois.

Au cours de ce séjour elle nous réserva une surprise, elle qui ne sortait guère. Nous profitâmes de ce que Grand-papa était parti en cure à Aix-les-Bains, comme il faisait régulièrement pour traiter ses rhumatismes (une séquelle de la guerre de 14), pour aller tous les trois prendre le train à la Gare de l’Est, et faire ensemble un voyage…d’une quarantaine de minutes, jusqu’à Meaux. Pourquoi cette destination, je ne sais pas, mais je me rappelle des moments paisibles à nous promener dans un parc fleuri. Le soir, avant de rentrer sur Paris, nous allâmes au restaurant (si Grand-papa avait été des nôtres, cela aurait été à peu près inconcevable). C’était certainement une excellente maison de cuisine traditionnelle, et Albert a retranscrit dans une lettre à Maman le détail des choses extraordinaires que nous choisîmes : quenelles de saumon, caneton rôti Clamart (je n’avais jamais mangé de canard) et rognon de veau.

Cet été 1961 à Paris nous permit aussi de rencontrer ceux des nôtres qui avaient quitté l’Algérie avant Grand- papa et Mameu, c’est-à-dire la famille Hofmann et notre grand-mère maternelle, implantés en région parisienne depuis 1957. Notre oncle Marcel, gaulliste zélé avec lequel, par accord tacite, il n’était donc pas question de parler « politique », était la générosité même, malgré ses remarques volontiers sarcastiques. Il nous conduisit à Fontainebleau, à Chartres, et, via Rouen, jusqu’au fameux pont suspendu de Tancarville, mis en service depuis peu  et à l’époque ouvrage hors normes.

Il y eut surtout cet été-là pour tous les quatre un voyage vraiment important, de quelques jours seulement mais hautement symbolique, dans l’Est de la France, avec pour premier objet la visite des champs de bataille de la première guerre, autour de Verdun et en Alsace. Il va sans dire que c’était à l’initiative de Grand-papa, qui avait soigneusement préparé l’itinéraire. Notre grand-père avait été très fortement marqué par cette période dramatique de sa vie, et il désirait, autant qu’il était  possible après tant d’années, que ses petits-fils puissent s’en former une idée sur les lieux mêmes.

Le voyage se fit en train (les Delpy n’ont jamais eu de voiture,  c’était une des grandes différences avec notre branche paternelle où l’auto avait toujours été considérée comme indispensable). Je garde un souvenir attendri, dans un train bondé, de Grand-papa enfermé dans les toilettes pour y préparer nos sandwiches, et de la stupéfaction des gens debout sur la plateforme qui voyaient périodiquement la porte s’entrouvrir un instant pour laisser passer un poignet velu et une main serrée sur un  sandwich au pâté ou au jambon.

Bien sûr, à Verdun nous fîmes le circuit classique, le fort de Douaumont, la tranchée des baïonnettes, les villages disparus que seule signale une stèle commémorative, mais Grand-papa nous entraîna aussi, au mépris de tous les panneaux d’interdiction (on craignait encore des obus non explosés) jusqu’aux endroits où il avait personnellement vécu et souffert pendant ces mois d’horreur de 1916 — il repérait parfaitement les lieux, y  ayant fait deux ans avant un premier pèlerinage avec d’anciens camarades de guerre.

C’est dans une casemate dite Redoute Saint-Michel, où il avait été cantonné, que  j’ai trouvé parmi les gravats un bouton orné de canons entrecroisés qui s’était détaché de la veste d’un artilleur  quarante-cinq ans plus tôt. J’ai rapporté à Miliana cette minuscule relique, qui m’a suivi depuis, au fond d’une  boîte ou d’une enveloppe, dans toutes mes pérégrinations.  Albert relate cet épisode dans une de ses lettres à Maman (on en a une vingtaine), et signale que de son côté il a découvert non loin de là un morceau de calcaire portant  l’empreinte d’un coquillage fossile — il ne manque pas de souligner que son trophée est incomparablement plus ancien que le mien.

Après Verdun notre circuit en Alsace, en taxi, dans des lieux encaissés recouverts d’une forêt sombre et sous une pluie ininterrompue, a éveillé chez Grand-papa quantité de souvenirs mais ne nous a laissé que des images confuses.

***

Tout cet été nous restâmes informés par Maman de ce qui se passait à Miliana pendant notre absence. Vers la fin des vacances elle nous signala qu’un chaton noir et blanc s’était invité chez nous, et que Pierre l’avait vite adopté  (j’en ai déjà parlé).

Une des lettres de Maman contenait un magnifique papillon trouvé ou capturé par elle au jardin. J’imagine tout ce qu’a dû ressentir Albert il y a quelques mois à peine en le voyant glisser de l’enveloppe, intact, dans l’étui de cellophane dont Maman l’avait protégé, témoin presque miraculeux de notre jeunesse.

Pour moi, sur le plan de l’émotion, le souvenir le plus fort que je garde de ces vacances ne s’est situé ni à Verdun ni à Paris, mais au retour, aussitôt après notre atterrissage à Maison-Blanche. Ce jour magique était le lundi 22 septembre 1961. Papa était venu nous chercher à l’aéroport et nous roulions, fenêtres grandes ouvertes, sur la route moutonnière qui longe la mer en direction d’Alger — d’où nous poursuivrions sur Miliana.

C’était une radieuse  matinée de ce tout début d’automne, un souffle d’air chaud nous enveloppait. Je ne sais plus qui conduisait, de Papa ou de moi, je me rappelle seulement l’intense sentiment de plénitude que je ressentais, celui d’un voyageur qui retrouve la maison aimée après une trop longue absence.

Même si rétrospectivement je m’en étonne aujourd’hui, à aucun moment ne m’a alors effleuré l’idée que nous pourrions un jour quitter définitivement l’Algérie, et moins encore que dans seulement quelques mois nous  serions de nouveau accueillis à Paris par nos grands-parents, mais cette fois en réfugiés

 

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