Facebook the green dressing 3 Images 4

Gifasm uuwrpoesbptd1104

Miliana, ma douleur…mon rêve, mon espoir !

Par BENSAADA Bakhta

P1120355 4d2207d 1

Miliana, cette belle ville située sur le flanc du mont Zaccar réputée pour sa mine qui a fait la joie de beaucoup de familles venues des quatre coins de l’Algérie et même du Maroc durant les années 1950/1970 et connue pour ses scouts dont (Mohamed Bouras); réputée pour son lycée et ses centaines de chouhada dont (Mustapha Ferroukhi, Ali la pointe…etc.); pour son lycée qui a fourni à l’Algérie une grande partie de ses ministres et cadres supérieurs. Cette ville historique par excellence  réputée pour ses belles et sucrées cerises peine à se développer et croule sous un tas de problèmes, ses jeunes se meurent de chômage et d’oisiveté malsaine et se nourrissent de l’informel.

Son marabout Sidi Ahmed Benyoucef tant prisé par les visiteurs de l’Algérie et des pays voisins et qui peut être sujet de tourisme local et historique, est fermé aux visiteurs depuis plusieurs années et personne ne bouge le petit doigt pour changer cette situation, bien au contraire on a parfois l’impression que des forces du mal font tout pour détruire cette ville et ses habitants.

L’environnement de la ville et ses banlieues subit lui aussi le même sort, sa montagne le Zaccar réputé dans le temps pour sa mine et ses chênes est dévasté chaque année par le feu et une extension folle de la ville vers le haut qui n’a fait que désertifié un sol déjà instable et gorgé d’eau et qui a causé auparavant des éboulements de terrains qui mettent en danger la stabilité de plusieurs habitations, ce qui oblige les autorités à les reloger ailleurs (c’est la deuxième fois que ce genre de situation se produit) la montagne se trouve dénudée et devient dangereuse avec ses rochers qui semble sur le point de se détacher et causer un grands malheur (puisse Dieu nous protéger).

Une extension vers le bas, vers la sortie est sur la route d’Adelia, à proximité de la gare ferroviaire et la route nationale serait plus sûre, c’est là où serait ville avec toutes les commodités, grands bâtiments, écoles, poste, dispensaire, cinémathèque, théâtre, maison de jeunes, centres commerciaux, bibliothèque, cybercafés, lycée, école supérieurs de Géologie et Hydrogéologies, un  CHU qui deviendra un lieu d’études pour d’éventuels étudiants en biomédical. On peut même construire un parc d’attraction qui fera la joie des enfants de toutes les régions d’Alger à Chleff.  

Le jardin public de Miliana construit au même moment que celui d’EL-Hama, unique en son genre, avec une flore exceptionnelle, des arbres rares et centenaires, une fontaine appelée (l’égyptienne) reconnu par des chercheurs renommés se dégrade chaque jour davantage, un jardin qui au lieu d’être confié à des scientifiques botanistes pour classer ses arbres et ses plantes qui pourraient devenir objet d’études pour de futurs étudiants est devenu aujourd’hui, lieu de prédilection des drogués et des soulards qui y trouvent refuge la journée et même la nuit.

Les vergers de Miliana (poumons de la ville, connus dans le temps pour leurs légumes bio, leurs beaux fruits et leurs plantes aromatiques et médicinales) disparaissent petit à petit pour laisser place à du béton et des briques couronnés de grands portails métalliques hideux. Aider la population locale et la doter de serres et de système de goutte à goutte pour s’adonner à une agriculture de montagne bio et diversifiée et occuper les jeunes diplômés en agronomie serait plus conseillé pour créer de l’emploi et que ses vergers redeviennent sources de fruits et légumes et subviennent aux besoins des habitants comme cela se faisait il y a des années quand Zougala, Hammama  et les Anasseurs fournissaient la totalité des fruits et légumes à la ville et Aïn N'sour, les cerises et les amandes.

L’eau, cette ressource naturelle rare, tant choyée dans le monde développé et laissée au gré de la mauvaise gestion, fuyant de  partout des canalisations de la ville, elle détruit sur son chemin routes et trottoirs. Tout indique que cette crise est en train de s’aggraver et qu’elle continuera à le faire si des mesures correctives urgentes ne sont pas prises. La crise concerne la gestion des ressources et elle est provoquée par la mauvaise gestion de l’eau à tous les niveaux: l’utilisation domestique, les fuites souterraines, les conduites anciennes endommagées et les mauvaises répartitions de l’eau au niveau des quartiers au lieu de construire des canalisations pour récolter et stocker les eaux de pluies pour l’utiliser dans l’agriculture, ou l’arrosage des espaces verts qui se font d’ailleurs très rares . 

La rue Saint Paul ou Emir Abdelkader actuellement ne ressemble qu’a l’ombre d’elle-même au lieu de la repeindre et d’aider les  propriétaires de magasins à refaire leurs façades et leur boutiques pour qu’elles soient accueillantes, et  pourrait devenir  piétonnière et dotée de beau magasins (de prêt à porter, d’artisanat, de crèmerie, de restaurants, de fleuristes…etc.)

De part et d’autre pour accueillir les familles des communes voisines qui viennent chercher de la fraicheur au printemps et en été, de jouer avec de la neige en hiver pourquoi ne pas saisir l’occasion et offrir à ses hôtes, des restaurants familiaux, des magasins modernes et pourvus de tout, un musée ouvert le soir pour des visites programmées et guidées pour faire connaitre l’histoire de Miliana, et des pièces théâtrales aux enfants (l’association de théâtre "Mahfoud Touahri" le fait si bien) et enfin pour aider les commerçants de la ville et créer du travail au moins durant la période estivale. 

Miliana ploie sous les montagnes de déchets déversés de manière quotidienne sur les trottoirs même, soit par les habitants eux-mêmes soit par les commerçants qui ne trouvent d’autres endroits pour jeter leurs cartons et ordures que les trottoirs ou la route, le centre ville ressemble à un dépotoir, le bitume découpé comme une pâtisserie, murs défraichit et sales, trottoirs décapés et plein de boue. Cette ville, subit continuellement  abus et exploitations qui ne tiennent guère compte, semble-t-il, ni des futures conséquences, ni des règles du développement durable, ni  de la protection de l’environnement, souci du monde entier et encore moins des droits des futures générations.

Le manque de vision et de stratégie laisse notre patrimoine historique et culturel s’effriter et disparaitre au fil des ans ! Que deviennent l’agenda 21 et le SNAT ? Que sont devenues les directives et le programme du président de la république concernant la protection des villes historiques et par la même occasion du patrimoine culturelles ? Que restera t-il de l’histoire, de  la révolution et du  passé, pour les générations futures ? 

Et pourtant, pour peu qu’on lui accorde de l’importance, cette ville pourrait devenir un joyau du tourisme environnemental et local, avec ses propres artistes qui excellent dans tous les arts pour peu que l’état, les autorités et les habitant eux même les prennent en charge et leurs accordant de l’importance avec un  investissement porteur de projets durables pour un tourisme, historique, environnementale et local qui contribuera à l’essor, au développement et l’épanouissement de la ville et de toute la région . 

La ville a besoin de ses enfants; tous ses enfants aussi bien à l’intérieur qu’a l’extérieur; et surtout de ceux et celles se trouvant au centre de décisions, pour se   mobiliser, la prendre en mains et la développer...

Commentaires (4)

Mme Bensaada
  • 1. Mme Bensaada | 04/02/2016
Bonjour à tous,
Je vous remercie tous d'avoir apprécié mon article et vous promet d'en écrire d'autres .
Comme le disait si bien Mr Benabdellah Mohamed , nous gardons tous des souvenirs tellement merveilleux que nous n'avons pas remarqué l'état de délabrement de la ville, moi même je ne me suis rendue vraiment compte que lorsque j'ai invité un ami à qui j'ai longtemps vanté la beauté de ma ville natale à venir visiter . Je n'oublierai jamais son expression ce jour là en visitant Miliana il m'avait dit :" c'est ça ta ville tant aimée mais ma parole elle croule de partout ta ville bien aimée ." il faut reconnaitre qu'il était rigolard . Et a partir de là je me suis mise a regarder Miliana autrement ; avec les yeux de journaliste ; et croyez moi ce que j'ai constaté m'a terriblement peiné, des rue et façades délabrés, des devantures de magasins qui font pitiés, jardin publique défraichi ..... et j'en passe .
en effet, tout est a refaire ,a réparer, a réhabiliter et a repenser pour pouvoir au moins offrir un tourisme local et environnemental digne de ce nom e mais pour réaliser ce rêve les enfants de cette ville doivent se bouger et non pas rester derrière leur micro à s'échanger des souvenirs aussi beaux soit-ils, sinon personne ne viendra se préoccuper de leur ville à leur place.
Meskellil
  • 2. Meskellil | 04/11/2015
Bonjour Madame Bensaada,

Merci pour ce puissant cri du cœur. La résonance en est profonde. Oui Miliana, l'Algérie notre douleur, notre rêve, notre espoir...

Slawomir Mrozek – Le maître Polonais du « Théâtre de l’absurde et de l’humour sur fond de désespoir » comme l’étiquettent les dictionnaires, ou un concentré d’humour noir, grinçant, pessimiste servi dans une langue parodique, métaphorique pour exprimer un monde déformé, schématisé dans lequel la forme prend le dessus sur le sens, une forme de dérision sur les absurdités multiples auxquelles nous sommes confrontés au quotidien sans que nous puissions, pensons-nous, y faire grand chose... Est-il si sûr que l'on ne puisse sortir de ce qui nous semble être une fatalité, une forme de "malédiction"?

Un extrait de « La vie est difficile ».

Révolution

Dans ma chambre le lit se trouvait ici, l’armoire là, et entre les deux il y avait la table.

Jusqu’au jour où j’en eus assez. Je déplaçai le lit là, et l’armoire ici.

Pendant un certain temps je sentis couler en moi un courant novateur vivifiant. Mais au bout de quelques jours... l’ennui revint.

J’en tirai la conclusion que la source de mon ennui était la table, ou plutôt sa position immuablement centrale.

Je poussai donc la table là, et le lit au milieu. De façon anticonformiste.

Cette seconde nouveauté me redonna de la vitalité, et tant qu’elle dura, j’acceptai la gêne anticonformiste qu’elle occasionnait. En effet, je ne pouvais plus dormir maintenant le visage tourné vers le mur, ce qui avait toujours constitué ma position préférée.

Au bout d’un certain temps, néanmoins, la nouveauté cessa d’être nouvelle, et seule subsista la gêne. Dans ces conditions, je poussai le lit ici, et l’armoire au milieu.

Cette fois, le changement fut radical. En effet, l’armoire au milieu de la chambre, c’était plus que de l’anticonformisme. C’était de l’avant-garde.

Au bout d’un certain temps, néanmoins... Ah, ce maudit « certain temps » ! Bref, même l’armoire au milieu de la chambre cessa de me paraître quelque chose de nouveau et d’inhabituel.

Il convenait d’opérer une cassure, de prendre une décision fondamentale. Si, dans le cadre ci-dessus défini, aucun véritable changement n’était possible, il importait de sortir complètement de ce cadre. Dès lors que l’anticonformisme se révélait insuffisant, dès lors que l’avant-garde ne donnait aucun résultat, il fallait accomplir une révolution.

Je pris la décision de dormir dans l’armoire. Tous ceux qui ont essayé de dormir debout dans une armoire savent qu’avec une telle absence de confort on est absolument assuré de ne pas trouver le sommeil, sans parler de l’exténuation qui s’empare des jambes, et des douleurs dans la colonne vertébrale.

Oui, ce fut la bonne décision. Succès, victoire complète. Car, cette fois-ci, même le « certain temps » n’eut aucune prise. Au bout d’un certain temps, non seulement je ne m’habituai pas à mon changement, c’est-à-dire que le changement demeura changement, mais au contraire, je ressentis ce changement avec de plus en plus d’acuité, car la douleur allait croissant à mesure que le temps passait.

Tout aurait donc été pour le mieux, n’eût été ma résistance physique, qui s’avéra limitée. Une certaine nuit, je n’y tins plus. Je sortis de l’armoire et m’allongeai sur le lit.

Je dormis trois jours et trois nuits. Après quoi je poussai l’armoire contre le mur, et la table au milieu, car l’armoire au milieu me gênait.

Maintenant le lit se trouve ici, comme avant, l’armoire là, et entre les deux il y a la table. Quand l’ennui me guette, je me remémore l’époque où j’étais révolutionnaire.
Benabdellah Mohammed
  • 3. Benabdellah Mohammed (site web) | 19/10/2015
ESSALEM à toutes et à tous.Quand il s'agit de Miliana je ne peux résister à la folle envie de mettre mon grain de sel.En effet Miliana m'a vu enfanter, m'a vu grandir, m'a éduqué et m'a appris beaucoup de bonnes choses.Je garde jalousement des souvenirs tellement doux ,tellement forts que je me remémore très souvent quand je flane dans ses rues.Chaque coin de la ville évoque pour moi des situations diverses, parfois heureuses et parfois tristes.Je me vois grandir.D'abord à l'école maternelle avec Mme Grosse-tete puis à l'école primaire Charles Andrei avec feu Mr AntriBouzar( passage très court du fait du colonialisme:école réservée aux petits français ou à certains algériens privilégiés) puis à l'école primaire Léon Maubourguet avec Mr Molle, Mr Benamara... et enfin le prestigieux lycée Mustapha Ferroukhi .Chaque étape du cursus scolaire était riche en évènements.On a rencontré une multitude de personnages différents les uns des autres.Chacun d'eux avait une histoire, une nouvelle à nous raconter durant les glaciales journées d'hiver.Durant la narration on découvrait une autre personne,ce n'est plus le prof craint.Des moments inoubliables qui restent ancrés dans notre subconscient.Miliana restera éternellement cette ville envoutante,accueillante et hospitalière malgré le degré de dégradation très avancé de tous ses coins et recoins.L'esprit de la collecte des signatures pour le jardin public doit etre étendu à toute la ville car elle en a bien besoin.Seuls ses enfants pourront le faire avant qu'il ne soit trop tard.Au passage je remercie Mme Bensaada pour le cri de détresse qu'elle a lancé pour"Sauvons Miliana" .
Chantal
Bonsoir Madame Bensaada,

En lisant votre texte, je suis tellement attristée par ce constat car je suis toujours aussi profondément attachée à cette ville de mon enfance. Avant de lire votre texte, j'ai vu, en premier, cette belle image de Miliana. J'éprouve toujours la même émotion en voyant cette horloge que j'entendais sonner de ma chambre qui se trouvait rue St. Paul.

J'espère vivement que l'avenir permettra aux Milianais mais surtout aux "décideurs" locaux et nationaux d'agir avant qu'il ne soit trop tard pour préserver le patrimoine de cette ville, de son Zaccar inoubliable et de son environnement en général pour lesquels je garde une infinie tendresse.

Inch'Allah !

Ajouter un commentaire