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Billets de belhocinesafia

17 OCTOBRE 1961

 

 

Scènes sur Seine

Marchant dans le froid, la pluie, le brouillard,
Algériens de sang là bas à Paris,
Subissant  matraque,  balles et déni.

Scènes violentes, sanglantes, jusque vers le tard.
Arrestations, bastonnades, bousculades,
Couvre-feu bravé, censure imposée,   

  Révolte aux mains nues dans la nuit noyée.
Etonnée par l'inattendue bravade,
Seine sournoise, saignante, lavant le délit.

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ELLE M'A PRISE DANS SES BRAS!

E 6

La première fois que je l'ai vue, elle tronait dans un écrin de verdure.

Les neuf kilomètres qui serpentaient à travers les vergers de Zouggala me semblèrent interminables vue l'impatience de voir cette ville dont mon père nous avait dressé un portrait plutot attirant.
Il ne croyait pas si bien dire!


L'écrin de verdure ne l'entourait pas seulement! Il la traversait de part en part!
Les arbres lui faisaient un collier comme pour lui garantir d'éternels atours.
La rue principale enlacée de platanes s'ouvrait fièrement sur l'horloge qui carillonait les quarts d'heure.

Enracinée au pied du Zaccar, elle se plaisait à dominer l'immensité de la vallée du Chellif.
On pouvait s'enivrer de cette vue à partir de l'esplanade à la pointe de la ville, assis sur les remparts qui avaient dù la garder jalousement dans le passé.

Miliana, c'était son jet d'eau qu'elle vous donne en offrande pour vous accueillir.
Miliana, ce n'était pas uniquement cette belle architecture mauresque ou coloniale que l'on croisait aussi bien sur les grandes artères que dans les ruelles...
C'était les petites écoles et les grands lycées, le"Grand Hotel", l'église et l'hopital et la majestueuse sous-préfecture et la caserne.

Miliana, c'était les "wast eddar" aux colonnes torsadées avec les effluves de jasmin et de fell, les "Hammams" et leur rituel du bain agrémentés de "tassa" et de "mahbess".

Miliana, c'était aussi la généreuse et hospitalière mosquée de Sidi H'med Benyoucef où l'on pouvait aller à tout instant allumer une bougie, chercher la communion avec Dieu, chercher le calme solennel de ce lieu ou partager discrètement un moment avec les autres.

Miliana, c'était la maison de l'Emir dont les murs disaient tant et tant de choses sur le passé lointain de cette ville, son atelier d'armement et sa résistence de tous les temps.

Miliana, c'était "Le Splendide" et "Variétés, ces salles de cinéma mythiques dont la deuxième abritait les soirées artistiques, les pièces de théatre et les projections phare de l'époque.
Fadhila Dziria, Noura, El Ankis...
Nouria, Djaafer Bek, Moh Bab El Oued
Abdelhalim et Chadia, Farid El Attrache et Faten Hamama, et les plus beaux westerns...

C'était "La Bataille d'Alger" qui racontait la bravoure d'un enfant de la ville, "L'opium et le Bâton", "Mourir d'Aimer" et tant d'autres qui nous inoculèrent l'amour du 7ème Art.

Miliana c'était ce havre de verdure et de sérénité qu'était le luxuriant "Jardin Public" avec ses poissons rouges qui faisaient du charme à "la belle" qui les surplombait.
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C'était le Cinéma plein air quand on déménageait l'écran vers le jardin public pour les deux mois d'été.
C'était la piscine, où l'on pouvait aller profiter de la fraicheur et échapper à la chaleur torride de la ville.

Miliana c'était les vergers, les ruisseaux et les jardins. C'était le Zaccar avec à son sommet Sidi Abdelkader.

C'était les sorties-ascension vers ce lieu, auxquelles prenaient part les jeunes (filles et garçons) pour passer une journée au sommet, apprécier la vue panoramique, la nature et l'ambiance au rythme des guitares, chansons et blagues.

Miliana c'était la mine et son école. C'était les mineurs se dirigeant vers leur travail, lampe de "Kerbile"à la main et casque avec lampe sur le front. On pouvait à peine deviner leurs ombres dans le brouillard lourd du petit matin.

Miliana, c'était le tintement des barres de fer en préparation du marché hebdomadaire avec mille et un étals. C'était "El Goual" avec son "guellal" et ses histoires rocambolesques. C'était toutes les odeurs qui montaient des gargottes.

Miliana, c'était "Soug Enssa" tous les lundi, dans un coin discret du côté de Bab El Gherbi. Les femmes paysanes venaient des alentours pour vendre herbes aromatiques ou plantes sauvages, poterie, quelques légumes et même des bijoux qu'exhibaient les "dellalates".

Miliana c'était l"SCM" et ses victoires, c'était le stade les dimanches avec la trompette de Landjrit et la "Zorna"de circonstance. C'était le retour en fanfare du club lorsqu'il jouait à l'extérieur.
Le car des joueurs avait droit à une escorte digne des VIP avec des mobylettes tout autour et qui faisaient le tour d'honneur en ville.

Miliana, c'était la "Fête des Cerises" chaque mois de Juin.
Une occasion pour la ville de se parer de ses plus beaux atours: Guirlandes en forme de cerises, fanions, la grande arche qui ouvrait sur le lieu principal de la soirée artistique de clôture. Cela se déroulait en plein air, à la Pointe des Blagueurs.
C'était le bal à la piscine pour ceux que les variétés chantées par nos artistes n'intéressaient trop.

Miliana, c'était le Rakb de chaque printemps. Il ramenait avec lui tout un rituel dans les rues de la ville. Des confiseries traditionnellles, des "guérisseurs", des talebs, des gouels.
Le moment crucial était quand quelqu'un accourait de Bab El Gharbi pour annoncer aux citoyens l'arrivée imminente de la procession de pélerins qui auront parcouru des kilomètres à pieds à destination du Saint Patron de la ville, Sidi H'med Benyoucef.
Petit à petit, les clameurs de la ville s'éteignaient .Elles faisaient place aux chants religieux de la procession qui nous parvenaient de Bab El Gherbi. On pouvait alors s'attendre à voir leurs étendards de couleurs vives portées par des mats en cuivre.

Miliana, c'était le défilé des "M'nara" chaque Mouloud. Elles venaient d"El Anassers", la perle de Miliana, et de tous les autres quartiers de la ville. Elles convergeaient vers la mosquée pour une soirée religieuse.

Miliana, c'était le "Carrefour de la Jeunesse", cette compétition radiophonique inter-lycées proposée par la Chaine Trois et qui consistait à faire se mesurer deux lycées d'Algérie.

Quand Miliana était concernée, c'était toute la ville qui le vivait. Le cinéma "variétés" hébergeait cet évènement. Les lycéens occupaient l'orchestre, et les lycéènnes le balcon.
Sur scène les groupes de musique amateurs se relayaient pour animer, pour détendre l'atmosphère et pour faire de l'après midi un moment convivial.

Tous les enseignants, le proviseur, les inspecteurs , les cadres et les autorités de la ville étaient là, aux premiers rangs avec les lycéèns sélectionnés pour la compétition. Devant eux de larges tables supportaient des colonnes de livres et encyclopédies. Ils servaient à chercher les réponses aux questions posées. Cela parlait de culture générale et de savoir universel. Tous prenaient part à la recherche des réponses ce qui rassurait les candidats.

C'est dans ce nid là, que j'ai appris à voler!

Mais Milana, ce fut aussi cette nuit terrible où la sirène de la ville ne cessait de déchirer un silence de mort.
Ses hurlements prémonitoires faisaient penser à une mère désespérée sachant qu'un malheur allait s'abattre sur ses enfants.
Cette nuit de Novembre vit le deuil frapper Miliana de plein fouet.
Elle allait perdre vingt deux de ses fils à la fleur de l'âge, sacrifiés sur l'autel de l'incompréhensible. Une tragédie dont personne ne s'est jamais remis.

Sans crier gare, Miliana m'a échappé, car séparées sans préavis, pour me revenir trente huit ans plus tard.

Le coeur meurtri par ces longues années d'absence, le corps traversé par des sanglots de frustration mélée de joie, les yeux brouillés par les larmes, j'y ai fait mon pélerinage un matin d'automne...Et je m'y suis enfin ressourcée!