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La Bataille de Miliana " Guergour 1957 "/Par Med LANDJERIT

1957, à Miliana, la vie est de plus en plus difficile pour les européens et le 9ème Régiment de l’armée française. Pas un jour où les moudjahiddine ne passent à l’attaque. Toute la région est sous leur coupe.Miliana

Ils font même des incursions en plein centre ville pour mitrailler des bars et le cinéma « LES VARIÉTÉS». Les embuscades contre les soldats français sont fréquentes.

Le 23 Septembre 1957, les gros propriétaires Européens accompagnés des anciens combattants se réunissent. Les discours haineux se succèdent, obligeant le maire Monsieur BONNET, à envoyer une pétition pour le renforcement de la sécurité.

Répondant à l’appel des colons, en écho à la pétition, les paras de BIGEARD et MASSU, qui viennent d’en finir avec la fameuse bataille d’Alger ou Hassiba BEN BOUALI, Ali La Pointe et p’tit Omar, s’étaient illustrés, investissent Miliana.

Dès le 07 Octobre au soir, dans une discrétion absolue, un premier contingent de paras et de bérets noirs de la légion étrangère se prépare au « nettoyage de la ville ».

Les Moudjahidine eux, « au courant » de ce qui se trame, s’organisent à Anasseur - Zougala - Korkah supérieur et inférieur, ils attendent de pied ferme les paras. Les troupes de BIGEARD de concert avec la police locale et la D.S.T. se déploient donc aussitôt.

Les « suspects » sont arrachés brutalement à leur sommeil et embarqués sur le champ. Par camions entiers, direction la cour de la caserne où le tri est rapide, brutal et systématique. Le « parc à fourrage » de la caserne est noir de monde. Parmi les femmes Oum Echeïkh  ZITOUNI et la sœur d’Ali LA POINTE.

Au matin du 08 Octobre, à la vue des bérets noirs, les rues de la ville sont désertes, et les rares passants rasent les murs. Ils réalisent que quelque chose d’anormal est en train de se passer.

Extrait des « Mémoires » de BIGEARD    
 

En fin de matinée, au pied du mur d’enceinte de la caserne, plus précisément à « Guergour » un groupe de Moudjahidine est repéré par un soldat, assis sur les remparts, une radio sur le dos, il donne l’alerte. Les premières rafales crépitent. Il est environ 14 heures. La bataille de Miliana vient de commencer.

Le soldat hurle dans la radio et commence à compter : « deux, quatre, huit, mon Dieu ! Dix des nôtres sont tombés ». Un groupe de Moudjahidine, retranché dans une grotte, accueille les paras par un déluge de feu. Dans la confusion, les Moudjahidine dévêtent les paras pour endosser leurs uniformes.La bataille de miliana

Les troupes de BIGEARD ne savent plus où donner de la tête. Paniqués, elles n’arrivent pas à se situer dans la végétation très dense et se tirent dessus. Alors que les Moudjahidine, à l’aise et très mobiles, se meuvent facilement ce qui accroît leur efficacité.

A un moment cependant le groupe retranché dans la grotte se trouve encerclé. Mais, certains d’entre eux parviennent à s’échapper par un souterrain qui les mène à proximité de l’hôpital, alors que les autres tombent tous les armes à la main, refusant de se rendre. Les paras en surnombre, n’osant approcher de la grotte, utilisent à outrance une lance flammes. Imaginez l’horreur de ces représailles aveugles !

Toute la région de Miliana, d’El-Khemis jusqu’à Hammam Righa est quadrillée. Les rafles se multiplient. Dans la caserne, des tentes sont dressées pour accueillir des milliers de civils. La torture devient systématique. Chaque matin, BIGEARD et MASSU qui occupent l’historique maison de l’Émir Abdelkader, supervisent les opérations.

Durant plusieurs semaines, des centaines d’hommes et de femmes passent entre les griffes des tortionnaires patentés, dans une grande salle aménagée en chambre de torture, chalumeau, baignoire … une vision d’enfer.

Au cimetière de « Koudiet El Ghrab » une fosse commune accueille les premiers martyrs. Il y en a tant que certains sont enterrés dans l’enceinte même de la caserne. A l’entrée de la ville, au « Rond-point », autour du jet d’eau, des cadavres sont exposés pour l’exemple.

Les arbres centenaires et les vergers, véritable jungle qui permettent aux Moudjahidine de se déplacer sont rasés. Six mois durant, Miliana et ses environs vivront l’enfer de BIGEARD et de ses troupes.

Combien sont morts sous la torture ? Combien ont été ensevelis de nuit, dans des fosses communes ? Pour la seule ville de Miliana qui comptait 8.000 habitants lors du référendum du 04 Juillet 1962, l’on dénombre plus de 1100 martyrs.

Aucune famille n’est épargnée par le massacre. L’histoire de cette journée reste à écrire ! Comment rendre hommage à ces femmes et à ces hommes qui ont souffert dans leur chair et dans leur âme, qui ont payé de leur vie leur engagement pour que vive l’Algérie libre !

La liste des victimes exposées fut enregistrée par la gendarmerie française et c’est le gendarme MOUFEFOUL Lucien 34 ans qui l’a transmise à l’état civil de Miliana le 17 Octobre 1957 à 15 heures.

  1. TELMAT Belkacem 34 ans sans profession
  2. BOUDJEMAA Abdelkader 25 ans sans profession
  3. BELABDELAZIZ Sedik 24 ans sans profession
  4. TRABLES Sadek 38 ans sans profession
  5. INCONNU 20 ans, corpulence moyenne, cheveux bruns.
  6. INCONNU 20 ans 1.70 m cheveux bruns
  7. INCONNU 30 ans taille moyenne, connu sous le nom de Si Abderahmane
  8. INCONNU 20 ans 1.70m cheveux frisés
  9. INCONNU 20 ans 1.65m cheveux bruns.
  10. INCONNU 23 ans 1.75 m cheveux frisés, forte Corpulence, connu sous le nom de Si Mustapha d’Alger.

Sur la bataille de Guergour , BIGEARD à dit « Miliana est une réussite, mais chèrement payée » (Cette citation figure sur le livre « Mémoires de BIGEARD).

La bataille de miliana

Une vue partielle du massacre du 11 Octobre 1957 par les paras de BIGEARD et MASSU. Des cadavres de victimes exposées sur la place El Fouara. « De dangereux terroristes » selon les tortionnaires. En réalité, de paisibles mineurs abattus alors qu’ils rentraient d’une pénible journée de labeur.

Commentaires (7)

Miliani2Keur
  • 1. Miliani2Keur | 02/03/2018
J'ai relu avec un grand bonheur l'article complet de Cheikhna Landjrit et je re-souligne son ecriture nerveuse , discrète , très passionnée et tellement fluide, j'espère qu'on puisse plus souvent profiter de ses écrits...
Merci Mesk' pour l'emouvant film de vautier avec des images du maquis tourné avec des opérateurs Allemands et lui même et qui appuie que la révolution Algérienne était d'essence politique et morale, au moment où je lisais un texte sublime d'un discours aux membres du comité central élargi, de feu Hocine Ait Ahmed (Allah yarham echouhadaa) en 1948 a Zeddine (Ain Defla), pendant ces temps durs ou tous les acquis sociaux et Indépendantistes de l'Algérie sont "remis sur le tapis" ...

Torki merci beaucoup aussi pour les détails historiques très précieux aussi ..

La question de "la propriété terrienne" est à mon sens désuète y'a qu'à voir comment le libéralisme fais les poches à toute la planète et comment ce qui reste de Nationalismes n'est qu'un prétexte à armement et à guerre totale!
Miliani2Keur
  • 2. Miliani2Keur | 01/03/2018
Guergour est un lieu tellement chargé et dense ... il a fallu plus de 08 mois pour donner l'assaut à miliana avec des pertes humaines immenses côté français, l'histoire se répétera en 1957!
Merci cheikh pour ce rappel
Torki
  • 3. Torki | 19/02/2018
Bonjour tout le monde,
Merci Mr Landjerit pour ce récit historique qui m'a beaucoup ému, surtout en voyant la photo, que je trouve très choquante. Bref, mais je voudrais aussi apporter un éclairage supplémentaire, sur les évènements qui ont secoué la région de Miliana, a travers les batailles et les accrochages des combattants de l'ALN durant les années de 1957 et 1958.
Le 09 janvier 1957: une ambuscade est menée par si Hamdane a Tizi Franco dans le Zaccar, ou l'ALN a pu récuperer 90 armes.
Mai 1957: près de Hassania dans la région de Ain Defla, une compagnie de l'armée coloniale fut décimée, dont un capitaine et deux soldats capturés.
Le 16 octobre 1957: a Zougala près de Miliana, 09 moudjahidines ont affronté les parachutistes dans un violant accrochage. Bilan: 17 militaires francais tués, dont un capitaine, et 08 moudjahidines tombés au champ d'honneur.
(il s'agit probablement de la bataille de Geurgour).
Le 05 juillet 1958: la katiba Hassania a abattu un avion Jaguar dans la région de Ain Defla, près de djebel Doui.
Pour conclure, le tortionnaire Bigeard n'avait pas tort en disant:" Miliana est une réussite, mais......chèrement payée".
Bonne journée.
Chantal
Bonjour Ahmed,

Non seulement je comprends parfaitement ton point de vue mais, en plus, je le partage ! Il est vrai qu'en écrivant sur mon précédent message : "pour récupérer une terre qui, à l'origine, leur appartenait", j'ai pris un "raccourci" car, comme chacun le sait, l'histoire de l'Algérie est bien plus complexe que cela. En ce qui concerne l'Emir Abdelkader, effectivement, je pense que c'est un grand homme et un saint homme qui a œuvré sa vie durant pour la culture de la paix universelle. Mais, pour en revenir à la terre d'Algérie, sauf erreur de ma part, c'est bien un Conseil des Ministres Français qui décida d'organiser, en 1830, un débarquement en Algérie qui était alors sous régence ottomane. Une guerre de conquête qui sera très longue et qui connu d'incessantes rébellions jusqu'en 1870. Est-ce que nous sommes d'accord Ahmed sur mon second "raccourci" ?

Bonne fin de journée à tous !
Ahmed LABDI
  • 5. Ahmed LABDI (site web) | 19/02/2018
Le premier but du combat de Novembre et celui de bien d'autres avant, n'était pas de récupérer une terre volée. On n'est pas xénophobe. On combattait contre l'injustice, l'arbitraire, le racisme, l'indifférence totale à l'égard de l'autochtone ou l'indigène. A telle enseigne qu'un algérien est devenu, aux yeux de la politique de lors, 100 fois moins qu'un français. Te rappelles-tu la proposition que notre humanitaire Emir Abdelkader a faite à Bugeaud.? Emir que tu estimes bien, me semble-t-il. Après l'indépendance, on avait invité bien des français à rester. Le peuple algérien aime la paix. Mais votre " pour récupérer une terre qui, à l'origine, leur appartient." me parait un peu hors contexte. Les français resteront des milliers d'années ils demeureront, néanmoins, étrangers s'ils aurait gardé leur politique outrancière puisque qu'ils n'aiment autre culture que la leur d'où l'abominable exploitation de notre peuple. Les francs ont envahi la Gaule qui est devenue France. Les gaulois ont-ils eu le besoin de récupérer la Gaule, qui à l'origine, est bien la leur. Je ne sais pas si tu partages avec moi le sens profond de ce que j'essaie de te dire ? Problème délicat.
Meskellil
  • 6. Meskellil | 17/02/2018
Bonsoir Mohamed Landjerit,

Bonsoir à tous,

Yatik essaha Mohamed Landjerit de nous restituer cette page de l'histoire révolutionnaire de Miliana et par extension de l'Algérie. En effet, peu de moyens face aux forces armées et aux atrocités perpétrées avec rage contre les civils et les combattants… l’Algérie était en train de leur échapper jour après jour, et les représailles devenaient follement féroces, impitoyables en conséquence… Des combattants jeunes, une population solidaire gagnée à la cause des moudjahdines et moudjahdates, quelques armes dérisoires chargées sur des ânes, des épaules, mais une volonté farouche, inébranlable, forgée par la détermination d’aller jusqu’au bout, d’offrir sa vie, de se sacrifier, souvent sacrifier sa famille, pour sortir l’Algérie du joug colonial, de l’injustice, de l’humiliation, de l’indignité, pour que vive enfin une Algérie libre, indépendante, souveraine quel qu'en soit le prix à payer, et le prix a été exorbitant! Allah yerham echouhada w’ tahya El Djazair !

Un lien que j'ai l'impression d'avoir déjà proposé sans en être sûre « l’Algérie en flammes » de René Vautier, tourné en 1958 au maquis au plus près des moudjahidines, pour ceux que cela intéresse.

Chantal
1957, j'avais dix ans ! J'ai été si souvent le témoin d'abominations perpétrées à Miliana au cours de cette guerre de colonisation qu'elles ne pourront jamais s'effacer de ma mémoire. Il est néanmoins important que ces récits soient sans cesse relatés malgré cette vision d'horreur et les conséquences infâmes, indignes et inhumaines d'une longue colonisation française. Le but n'est pas de réactiver les blessures du passé, la haine et le ressentiment mais, tout simplement, de respecter le devoir de mémoire dû aux "anciens" afin de ne pas oublier ces Algériens qui ont combattu, à l'origine, avec des moyens dérisoires comparativement aux forces de l'armée française, pour récupérer une terre qui, à l'origine, leur appartenait !

Bonne soirée à tous.

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