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Centres d'intérêts :
Miliana

À propos de l'auteur :
<p><span style="font-size: small;">Témoigner c'est Souvenir</span></p>

Citation préférée :
L'enfance. Cette heureuse et brève période de l'existence où l'on a tout juste assez de conscience pour savourer la joie d'être et d'inconscience pour ignorer les difficultés de la vie.

Articles de algermiliana

Sous la treille des souvenirs

Par Le 03/07/2026

 

 

Sous le figuier

Ferme les yeux un instant, et laisse-toi porter par cette image.

Sous une treille où la vigne s'enroule comme pour protéger ce moment précieux, une famille s'est arrêtée dans le temps. Le tapis, tissé de mille couleurs fanées par les saisons, devient le centre du monde. Ici, pas besoin de chaises ni de table : la terre elle-même invite au partage.

La grand-mère, foulard blanc noué avec douceur, porte dans son regard toute une vie de patience et d'amour silencieux. À côté d'elle, les rires des enfants éclatent comme des étincelles, légers, purs, sans arrière-pensée. Le père raconte peut-être une histoire, les mains posées sur les genoux, le sourire aux lèvres. La mère, voile clair sur les épaules, veille sur tout ce petit monde avec une tendresse qu'on devine sans qu'elle ait besoin de mots.

Sur le plateau : du pain tout juste sorti, un peu de lait, quelques olives peut-être, la simplicité même. Et pourtant, rien ne manque. Car ce qui nourrit vraiment, ce n'est pas ce qu'il y a dans les assiettes, mais ce qu'il y a entre les regards.

Ces moments-là, on ne les photographie pas pour les réseaux. On les vit, on les respire, et longtemps après, ils reviennent nous chercher : l'odeur du thé qui infuse, le bruit des feuilles de vigne, la chaleur de l'été algérien qui colle encore à la peau du souvenir.

On appelle ça la nostalgie. Mais c'est plus que ça : c'est la mémoire d'un bonheur qu'on n'a pas su nommer sur le moment, tant il était évident. Un bonheur fait de peu : un tapis, une cour, une famille réunie et qui, aujourd'hui, nous manque plus que tout.

 

Le Jasmin de Miliana

Par Le 14/10/2025

 

Le Jasmin de Miliana

Cité Nord

La mémoire s'accroche parfois à une simple odeur. Pour Miliana, c'est celle du jasmin. Dans le calme de la Cité Nord, ce quartier entièrement résidentiel, l'air s'alourdissait d'une douceur particulière à la fin de chaque après-midi d'été. Le parfum, glissant des villas fleuries, devenait la trame sonore invisible de l'instant, mêlé aux rires et aux conversations.

En déambulant, on ne voyait pas seulement les fleurs ; on voyait les façades elles-mêmes, entièrement drapées de jasmin. Le parfum explosait littéralement, s'échappant de chaque mur, grimpant sur chaque grille. Il se faisait deviner, mais aussi clairement sentir, comme une présence familière et écrasante de beauté.

Le soir venu, son sillage devenait plus dense, presque envoûtant. C'était le signal du repos, du thé partagé, des confidences à la lueur d'une lampe. Ce parfum, plus que tout autre, appartenait à la ville. Il semblait respirer avec elle, accompagnant le rythme calme de ses nuits d'été.

Le jasmin est pourtant une fleur humble. De petites étoiles blanches, fragiles mais tenaces. Il aime la lumière, la chaleur, la douceur d'un mur où s'accrocher. Il trouve son refuge parfait là où la vie sait encore être simple, au milieu de ces villas où il a l'espace et la lumière pour s'épanouir.

Aujourd'hui encore, il suffit d'évoquer son nom pour que tout revienne, les ruelles fleuries, les façades ombragées, les pas lents dans la soirée, et cette sensation d'appartenir à un lieu où même l'air avait le goût de la mémoire.

Le jasmin de Miliana, c'est un parfum d'âme. Il relie les générations, les absents, les jours enfuis. Une senteur qui parle à la fois de beauté, de douceur et de fidélité, celle d'un temps et d'une ville qu'on porte en soi, longtemps après les avoir quittés.

 

L'odeur des vieux livres

Par Le 08/09/2025

 

• L'odeur des vieux livres

O

uvrir un vieux livre, c’est entrouvrir la porte d’un sanctuaire où sommeille le temps. À peine les pages se déploient-elles que monte, comme un souffle ancien, cette fragrance singulière où se mêlent le parchemin jauni, l’encre défleurie et la poussière des âges.

Ce parfum n’est pas une simple émanation : il est mémoire. Mémoire des veillées studieuses, sous la clarté tremblante d’une lampe ; mémoire des bibliothèques aux couloirs de silence, où l’ombre se penche sur les rayonnages infinis ; mémoire enfin des mains disparues, qui tournèrent ces feuillets bien avant nous, et dont l’empreinte invisible demeure dans les fibres du papier.

Chaque effluve est une voix assourdie, un écho des siècles, un murmure d’histoires oubliées que le livre, en son silence, continue de porter comme une prière. Dans cette odeur subtile palpite à la fois la nostalgie de ce qui s’éteint et la promesse de ce qui survit : la persistance des mots, la fidélité du savoir, l’indélébile trace de l’âme humaine gravée à jamais dans la chair fragile du papier.

L'odeur des vieux livres

Faire ses courses chez l’épicier du coin

Par Le 04/08/2025

Madame jeannine et son fils 1949

Autrefois, faire ses courses chez l’épicier du coin relevait presque du rituel. Ce n’était ni une corvée, ni un acte pressé, mais un moment à part, simple et familier, inscrit dans le quotidien comme la prière ou le café de l’après-midi. Dans les ruelles des quartiers populaires, de la ville ou du village, l’épicier tenait sa boutique comme on tient une mémoire : vivante, généreuse, et toujours prête à accueillir.

La devanture n’avait rien d’imposant. Une porte en bois, une vitrine un peu poussiéreuse, et dès qu’on entrait, un mélange d’odeurs : café moulu, épices, savon ménager, légumes du jour. À l’intérieur, les étagères en bois grinçaient sous le poids des bocaux et des boîtes, les balances à aiguilles trônaient sur le comptoir, et un vieux carnet faisait office de registre pour les dettes reportées à la fin du mois.

Les clients entraient les uns après les autres, jamais pressés. L’épicier saluait chacun, demandait des nouvelles de la famille, et servait avec ce mélange d’attention et de discrétion qui faisait de lui bien plus qu’un commerçant. Il savait qui n’aimait pas les fruits trop mûrs, qui cherchait un produit bien précis, et à qui il fallait glisser un bonbon en plus "pour les enfants".

On achetait en petite quantité : un quart de litre d’huile, parfois versé dans une bouteille qu’on rapportait de chez soi, un peu de sucre, quelques cuillères de semoule ou une boîte de sardines. Parfois, on payait avec quelques pièces, parfois avec un sourire et la promesse de revenir après la paie. L’épicier notait au crayon, sans jamais insister. Il faisait partie du tissu social, du cœur battant du quartier.

C’était un lieu de passage, mais aussi un lieu de parole. On y échangeait des nouvelles, des inquiétudes. On y murmurait parfois des confidences. Et même si la boutique était modeste, elle tenait chaud au cœur.

Aujourd’hui, ces échoppes d’antan ont disparu, remplacées par des rayons froids. Mais pour celles et ceux qui les ont connues, l’épicier du coin reste une figure tendre et inoubliable. Il incarnait une époque où le lien humain comptait plus que le ticket de caisse.

Une randonnée bien ordonnée

Par Le 21/07/2025

 

2018/Miliana

Autant le Chaoui ne fait qu’à sa tête, autant l’habitant de la région du Haut Chélif est, lui aussi, un vrai entêté ! Le premier plie mais ne rompt jamais, tandis que ce dernier nommé tient à la parole donnée et ne recule jamais ! Les deux tiennent beaucoup à leur caillou de territoire, mais aussi rigueur au temps. Ainsi se perpétue leur souche et se conçoit leur vie.

Au milieu de ce monde paysan et rustre, le  rythme de leur vie distille à sa manière sa litanie quotidienne qui enrichie leur Histoire, la plus ancienne. Le souffle du vent délivre leurs sentiments, tandis que le soleil, plutôt assez régulier, qui fait dans la région ces va-et-vient incessants, leur procure cette chaleur qui fait chaud au cœur et dont ils en  profitent pour la partager avec les Autres.

Chevillés à leur légendaire mentalité de bédouin, ils auront, chacun sur son propre territoire et registre, réussi à s’adapter à cette Nature, laquelle tantôt leur sourit et les nourrit, tantôt leur lance plein-la-figure tous ces temps de chiens qui leur donnent vraiment à réfléchir…

Cette main qui les chérit et nourrit est celle-là même qui leur donne parfois une vraie raclée, avec exceptionnellement une ruine à la clef !  Ils en sont bien conscients et s’y préparent, en fonction des saisons et de leur déluge de pluie, de vent, de crues, de grandes chaleurs et de tempêtes…

Mais tous tiennent à cette générosité exceptionnelle d’une Nature qui donne sans compter, qui leur fournit tous ces fruits, légumes et céréales à engranger, souvent à bon marché, et en quantités industrielles…

Purs produits de ce moule naturel qui a su les façonner à la mesure d’une logique propre au bon sens paysan, ils auront porté à bras-le-corps toutes ces si vieilles traditions qui nous font aujourd’hui revenir à ces temps si anciens dont nous puisons l’essentiel de notre culture.

C’est dans ce contexte-là justement que s’inscrit cette louable initiative d’échanges culturels et touristiques interrégionaux, par associations d’anciens lycéens interposées. Les anciens élèves du Lycée Mustapha Ben Boulaid furent les premiers à donner le signal, en invitant en Avril dernier leurs homologues du lycée Mustapha Ferroukhi de Miliana (Ain-Defla).

A l’automne de cette même année, cette dernière association (ALMF) se devait de lui rendre la pareille. Un programme fut concocté à hauteur de l’évènement et surtout en fonction du rang reconnu à ses invités d’honneur, lui parvenant de l’association des anciens lycéens et collégiens du lycée Mustapha Ben Boulaid de Batna (Les Aurès).

Et ce fut ainsi qu’est venue l’idée de coordonner les travaux de cette randonnée bien ordonnée. Riche en paysages géographiques, espèces végétales et animales, auxquels résiste très peu la tentation du touriste avisé, la région recèle, en effet, d’innombrables opportunités, dont il fallait impérativement en faire le tri pour n’en saisir que ce qui a trait au cachet très particulier du patrimoine et produits du terroir.

Trois grands axes et pôles d’attraction furent donc retenus pour cette très ordonnée randonnée, à mi-chemin entre le vrai périple et la très osée promenade en rase campagne. Le bouquet choisi ne pouvait être qu’un savant mélange d’attirantes fleurs et de belles couleurs, de senteurs du terroir et d’odeurs magnifiques d’une Algérie profonde.

En plus, trois typologies de reliefs et par conséquent de microclimats différents étaient au menu de nos invités Aurassiens. Ils avaient le choix entre ce pays de la montagne (Miliana et le Zaccar, mais aussi Theniet El Had et El Meddad), paysage qui ressemble un peu au leur, celui de la grasse plaine du haut Chélif (Ain-Defla), dominé par un autre type de verdure et de produits agricoles, et enfin celui de Cherchell et sa particularité marine et spécificité historique et aquacole.

Le tout formant un conglomérat de facettes magiques d’une région où rayonnait autrefois, à Mille lieues de sa forteresse, le lycée Mustapha Ferroukhi, fort justement de sa grande stature, haut nichée et somptueuse citadelle Milianaise.

Ses élèves d’autrefois, ayant depuis gardé le contact, renouent avec ces retrouvailles cycliques qui les arrachent à leur quotidien morose ou difficile pour les retremper de nouveau dans leur ambiance de jeunesse, où tout un chacun désire sentir encore à ce parfum de ses vingt printemps.

L’art culinaire proposé à nos invités de marque suivait, lui aussi, cette même logique et itinéraire géographique. Au repas moderne varié et empaqueté du barrage de B’da  (Arib – Ain-Defla), allait succéder ce couscous maison fumant d’El Meddad (Theniet ElHad – Tissemsilt garni de viande de bélier), pour terminer avec cette succulente soupe de poisson et ces grillades de fruit de mer de la côte Cherchelloise (Tipaza).

 Et le tout était réglé comme sur du papier à musique ; en un magique tournemain qui donnera le tournis à bien d’anciens lycéens, pourtant très habitués à ces sorties en grandes randonnées.

A vrai-dire, même les moments de détente étaient judicieusement exploités, savamment mis à profit. On pouvait aisément passer du théâtre au chant Chaabi pour revenir après au bedoui (bédouin) et au Chiir El Melhoun (poésie populaire) et aux secrets bien gardés du Musée, celui dit moderne ou encore celui de l’antiquité.

 Nos invités de marque ont eu à s’essayer non sans succès à l’équitation, à la randonnée pédestre, au tourisme culturel. Ils y ont découvert d’autres types de couvert végétal, autre que celui propre à leur région d’origine, mais d’autres espèces de la flore et de la faune du terroir.

Il y avait un choix en la matière très étoffé et assez varié pour répondre pratiquement à tous les goûts et à tous les désirs formulés ou esquissés. Mais il reste que certains besoins et autres sensibilités happés au vol n’ont pu être satisfaits en totalité, tenant compte de certains impondérables, en dépit de toute la bonne volonté des organisateurs.

Déjà les organisateurs de Batna avaient, « à l’allée », placé la barre très haut. Leurs hôtes du mois d’Avril dernier ne pouvaient, « en retour », que s’aligner sur ce « standard » qui leur fut offert.

Animés par le sens du partage propre à ces contrées du pays, ils espèrent n’avoir épargné aucun effort ni même lésiné sur de quelconques moyens mis à contribution dans le cadre de cette randonnée. Pour le moment, le sourire affiché tant à l’arrivée qu’au départ par nos invités batnéens laisse à penser que leur séjour exprime cette joie commune recherchée de part et d’autre, à l’effet de pérenniser nos relations réciproques.

Le souhait le plus cher des organisateurs de voir se développer pareilles initiatives dont leur apport au profit de la  communauté n’est plus à démontrer, au plan des dividendes à en récupérer à tous les niveaux.

Puisse Le Grand Seigneur nous donner encore la force d’aller au plus profond de nos rêves !

 

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